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La maladie du sommeil - Un traitement à base d'arsenic

La plupart des individus infectés ne se font soigner qu'au stade avancé de la maladie. Le traitement habituel pour le second stade de la maladie est le mélarsoprol, un médicament très ancien introduit en 1949. Le mélarsoprol est élaboré à base d'arsenic : les injections du produit sont particulièrement douloureuses pour le malade et tuent de 3 à 10% des patients. "C'est un médicament terrible. Vous n'êtes vraiment pas fiers de l'injecter," explique Christine Genevier, responsable des programmes MSF en Ouganda. "Ce produit est caustique, il brûle le patient et vous ne savez jamais si vous allez le sauver ou le tuer." La majorité de la population infectée n'a même pas accès à ce traitement, particulièrement dangereux.

Ce médicament ancien et toxique est de moins en moins efficace car le parasite y est de plus en plus résistant. Dans certaines régions d'Afrique, comme à Omugo en Ouganda ou à Ibba au Sud-Soudan, où MSF prend en charge des patients atteints de la maladie du sommeil, le médicament est inefficace dans 25 à 30% des cas. Le docteur Jean-Hervé Bradol, Président de MSF en France, disait récemment : "Il y a dix ans, dans le nord de l'Ouganda, pour traiter les patients au stade avancé de la trypanosomiase, je disposais d'un vieux remède, mis au point il y a quarante ans mais capable de guérir 95% des patients. Aujourd'hui, les médecins continuent à utiliser ce traitement devenu, dans certaines régions, inefficace chez plus de 25% des patients et mortel dans 5% des cas. Ainsi, plus de 30% des patients traités au mélarsoprol sont condamnés à mort. En moins de 10 ans, notre capacité à guérir les patients a diminué de 25%, car aucun nouveau médicament efficace n'est disponible".
Survivre au traitement
Omugo, Ouganda, 1998. Dans ce village isolé dans les régions marécageuses du nord du pays, les moyens de subsistance se limitent à quelques cultures et, pour ceux qui en ont les moyens, à l'élevage d'une ou deux chèvres. Survivre d'une année à l'autre est une lutte incessante contre les éléments naturels.

Une lutte qu'un jeune habitant du village a bien failli perdre. Jabo était un jeune homme de 18 ans, dynamique, avec toute la vie devant lui... Jusqu'à ce qu'il tombe malade et que l'équipe mobile de MSF diagnostique la maladie du sommeil lors d'une visite de dépistage dans le village. La bonne nouvelle était qu'il y avait un traitement pour le soigner ; la mauvaise, que ce médicament, un dérivé d'arsenic, est aussi un poison qui peut s'avérer mortel.

Jabo entreprit sans se plaindre le traitement de 23 jours. Chaque matin, il s'efforçait, malgré sa douleur, de sourire aux médecins qui lui injectaient le médicament. Il passait ensuite le restant de la journée dehors. Au bout de quelques jours, son état de santé s'améliora sensiblement. Mais le huitième jour, Jabo commença à faire des crises d'épilepsie. Alerté par le personnel infirmier, le médecin diagnostiqua rapidement une réaction au mélarsoprol. Cette dernière, si redoutée, apparaît sans signes précurseurs et tue jusqu'à la moitié des personnes qui en souffrent. Le médecin administra à Jabo des doses élevées de stéroïdes par voie intraveineuse mais le jeune homme ne tarda pas à sombrer dans le coma. Il contracta une pneumonie et son état se détériora rapidement malgré le traitement antibiotique. Quatre jours plus tard, la famille de Jabo, réunie devant la clinique, exigea de pouvoir reprendre Jabo pour qu'il puisse mourir auprès des siens. La famille avait déjà creusé sa tombe et acheté le linceul. Mais le médecin MSF n'accepta pas de baisser les bras.

Miraculeusement, Jabo survécut. Il se rétablit et, au bout de quelques jours put s'asseoir et boire du thé. Il a aujourd'hui repris une vie normale et aide sa famille à la ferme. L'équipe de MSF se souvient de Jabo comme d'un survivant.