Sage-Femme - témoignage
Mission au pays des grands lacs
Article paru dans Profession Sage-Femme n° 98 - Septembre 2003
Sage-femme à l’hôpital Jean-Rostand d’Ivry-sur-Seine, Sophie Trouillet, a rejoint une équipe de Médecins sans Frontières à Makamba au Burundi. Evacuée au bout de six mois, elle raconte sa première mission humanitaire dans un des pays les plus pauvres au monde.
Sa première rencontre avec l’Afrique, Sophie, 28 ans, la doit en partie à l’hôpital Jean-Rostand, à Ivry-sur-Seine, où elle est sage-femme titulaire depuis mars 2000. « Environ 30 % des patientes sont des migrantes, originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie du sud-est, précise-t-elle. Particulièrement attirée par l'Afrique, j'ai eu envie d’aller voir comment ça se passait là-bas ». Parallèlement à son travail, elle suit donc une formation d’un an et décroche un diplôme universitaire sur les maladies parasitaires tropicales en juin 2002. En contact avec Médecins sans Frontières (MSF), elle se voit proposer un poste à Makamba, chef-lieu de la province du sud du Burundi. Situé en Afrique centrale, le Burundi est un petit pays enclavé et montagneux qui compte six millions d'habitants. Tout comme chez son voisin, le Rwanda, la vie politique est dominée par des rivalités entre communautés Hutus et Tutsis. Depuis 1993, une guerre civile y a fait entre 250 000 et 300 000 morts, essentiellement des civils. « Initialement, je ne voulais pas travailler dans un pays en conflit ni vivre sous l’oppression quotidienne… Mais c’est en parlant notamment avec des volontaires, de retour de mission, que j’ai malgré tout décidé de me mettre en disponibilité. De plus, le fait que le Burundi ne soit pas médiatisé m’a motivé » explique Sophie.
Une insécurité constante.
Sophie est donc partie six mois, du 1er novembre 2002 au 23 avril dernier. Sa mission devait se poursuivre jusqu’au 1er juin 2003 mais elle a été évacuée, une attaque rebelle ayant éclaté à dix mètres de son logement. En dehors des horreurs que lui inspire la guerre, la sage-femme a immédiatement été séduite par la région. « Je n’avais pas l’image d'un pays aussi verdoyant. La montagne, les collines, la descente sur le lac Tanganyika, c’est grandiose ! De plus, j’étais étonnée que Makamba soit reliée à la capitale, Bujumbura, par une route en dur sur 150 kilomètres » décrit-elle. Dans cette province du Sud qui totalise 300 000 habitants et pas moins de 100 000 déplacés de guerre, Makamba est un village qui vit au rythme du marché et de quelques bars. Aux alentours, les habitants des collines dorment principalement dans des cases en torchis, certains avec leurs vaches. Seuls une poignée de riches propriétaires réside dans des maisons en dur.
Comme dans beaucoup de pays en Afrique, les femmes n’accouchent pas à l’hôpital mais à la maison, souvent seules, car elles n’ont pas d’argent. Certaines sont aidées d’une accoucheuse traditionnelle qui officie parfois sans compresses ni gants. Les moins isolées peuvent se faire suivre tout au long de leur grossesse et accoucher dans un centre de santé de la province. Cependant, l’insécurité des routes, particulièrement la nuit, et le coût élevé des transports en commun n'encouragent pas les déplacements. Malgré ce contexte difficile, certaines femmes enceintes sont capables de marcher, pieds nus, trois jours durant, pour venir accoucher à l’hôpital de Makamba, établissement hospitalier de référence dans la province. D’autres voyagent sur une civière en osier, le porte-bagages d’un vieux vélo ou en « matatou » (taxi-brousse) bondé. A Makamba, en dehors de l’hôpital, une maternité privée, tenue par des sœurs, pratique environ 1000 accouchements par an. Mais elle est réservée aux familles qui ont les moyens de payer les médicaments et l’accouchement.
Réorganiser le service de gynécologie-obstétrique.
Le personnel de MSF est présent au Burundi depuis dix ans. Le 11 novembre 2002, l’ONG a signé un accord avec l'hôpital de Makamba, afin d'offrir des soins de qualité aux plus pauvres moyennant une somme modique. En plus des centres de santé et des dispensaires répartis dans la province, MSF a mis en place des cliniques mobiles pour soigner les populations les plus isolées. A l'origine, l’hôpital de Makamba disposait d'un service de gynécologie-obstétrique, tenu par six infirmières qui parlent toutes français. Dotées de trois années de formation, elles accompagnaient les grossesses normales et surveillaient le travail des parturientes. Seul le directeur de l'hôpital, dont l’emploi du temps était très chargé, assurait les urgences obstétricales. Grâce à l'accord passé avec MSF, un médecin, chargé de la médecine et de la pédiatrie, un chirurgien, un anesthésiste, une infirmière de bloc et une sage-femme sont venus renforcer l'équipe.
Sur les 120 lits dont dispose l’hôpital, 21 sont réservés à la maternité qui enregistre environ 400 accouchements par an. Dès son arrivée, Sophie a mis en place une salle d’examen qui jouxte la salle d’accouchement. Le tri entre les urgences et les consultations prénatales et de gynécologie peut ainsi y être réalisé. Ce fut un grand changement car, auparavant, les femmes en travail étaient reléguées dans une pièce sombre et sale, au fond d’un couloir. Par ailleurs, pour la première fois, les futures mamans étaient à la fois examinées et testées pour le paludisme avant d’être hospitalisées.
Au début, Sophie était effarée par l’état de santé général des patientes. « En plus du paludisme, elles souffraient d’anémies sévères, de carences nutritionnelles, sans oublier le VIH qui concerne 15 à 20 % des femmes enceintes en milieu urbain » rapporte-t-elle. En dehors du dosage d’hémoglobine, de la goutte épaisse et du groupage sanguin, aucun examen biologique n’est réalisé, faute de moyens. L'hôpital ne dispose pas non plus de radio ni d’échographie. Si la pratique est uniquement clinique, Sophie a rapidement appris à détecter les infections et les différentes pathologies gynécologiques et obstétricales. Par ailleurs, elle s’est particulièrement intéressée aux mères présentant un utérus cicatriciel. Afin d'éviter une rupture utérine lors d’une délivrance à leur domicile, elle les hospitalisait un mois avant l'accouchement. Parmi les souvenirs inoubliables, une maman se présente en consultation avec un nouveau-né dans les bras. Elle venait juste d’accoucher. Deux jours plus tard, elle donnait naissance à un frère jumeau qui, lui, était resté dans son ventre, en position transversale. Heureusement les bébés étaient en parfaite santé.
Avec l’aide du chirurgien, l’hôpital s’est également doté d’une toute nouvelle salle d’accouchement : un lit et sa moustiquaire pour le travail, une table d’examen gynécologique pour l’expulsion, un scialytique, des forceps, une bouteille à oxygène, une balance, une lampe à pétrole en cas de panne et des bougies. En revanche, pas de monitoring, ni d’appareil à tension automatique. C'était exigu mais suffisant. « Cette nouvelle installation représentait un symbole fort car, enfin, on s’occupait des femmes » précise Sophie.
Les Burundaises étaient impressionnées par l'hôpital mais le fait que Sophie soit une « muzungu » (blanche) les rassurait. Les tout premiers accouchements ont marqué la sage-femme. « Les femmes voulaient à tout prix mettre au monde leur enfant sur la table d’examen alors que chez elles, elles accouchent accroupies. Elles expriment très peu leur douleur car c'est ici considéré comme incorrect. Les parturientes ont donc appris à ne pas crier sous peine de se faire sévèrement réprimander par les infirmières. Et lorsque l'enfant naît, elles ne le prennent jamais contre elles. Il est aussitôt enveloppé dans un pagne, puis confié à la grande tante ou la belle-mère qui, pour manifester leur joie, dansent… » raconte-t-elle avec émotion.
De jour comme de nuit.
L’emploi du temps de Sophie était toujours bien rempli. Elle travaillait sept jours sur sept et assurait les urgences de gynéco-obstétrique. Lorsqu'elle était appelée la nuit, elle parcourait un kilomètre avec l’infirmière du bloc ou l’anesthésiste pour se rendre à l’hôpital. Le matin, après avoir fait le point sur les urgences avec l’équipe, elle effectuait les visites. Avant la réorganisation du service, les infirmières n’étaient pas très motivées. « Certaines étaient absentes. D’autres laissaient les patientes sans surveillance, la nuit. MSF a donc instauré des primes, en plus de leur salaire mensuel payé par le ministère de la Santé, soit 32 000 francs burundais (32 euros). Le service a ensuite nettement mieux tourné » explique-t-elle. Les tâches étaient réparties les infirmières. Certaines accueillaient les femmes et assuraient les consultations prénatales, d’autres œuvraient en salle d’accouchement. Et la sage-femme de préciser : « Le but était qu’elles soient autonomes. Quand l’une d’elles rencontrait un problème, on voyait la patiente ensemble. Si elle nécessitait une césarienne, j’en référais au chirurgien et on en discutait. » A ce quotidien s’ajoutait une pratique clinique de gestion des urgences.
Depuis la fin mai, Sophie a été remplacée à Makamba. En contact avec l’équipe, elle sait que le personnel fait de son mieux pour garder de bons réflexes comme prendre la température des femmes enceintes, prescrire du fer à celles qui sont anémiées, stériliser les instruments, désinfecter la table d’accouchement à chaque usage avec des pastilles de chlore. De cette première expérience humanitaire enrichissante, elle tire de nombreux enseignements. « Lorsque l’on arrive à mettre des choses en place, c’est gratifiant. J’ai beaucoup appris aussi bien sur le plan humain que dans le domaine strictement obstétrical. Ce travail m’a rendu humble et plus patiente. Aujourd’hui, je suis plus en mesure de lâcher du lest sur certaines choses pour me consacrer à ce qu est vraiment important » confie-t-elle. En attendant que la situation s’apaise, la sage-femme, plus motivée que jamais, se prépare à repartir, cette fois-ci, à Kinama, dans un des quartiers nord de Bujumbura, la capitale du Burundi.
Propos recueillis par Agnès Masselot-Guir
Article paru dans Profession Sage-Femme n° 98 - Septembre 2003
Sage-femme à l’hôpital Jean-Rostand d’Ivry-sur-Seine, Sophie Trouillet, a rejoint une équipe de Médecins sans Frontières à Makamba au Burundi. Evacuée au bout de six mois, elle raconte sa première mission humanitaire dans un des pays les plus pauvres au monde.
Sa première rencontre avec l’Afrique, Sophie, 28 ans, la doit en partie à l’hôpital Jean-Rostand, à Ivry-sur-Seine, où elle est sage-femme titulaire depuis mars 2000. « Environ 30 % des patientes sont des migrantes, originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie du sud-est, précise-t-elle. Particulièrement attirée par l'Afrique, j'ai eu envie d’aller voir comment ça se passait là-bas ». Parallèlement à son travail, elle suit donc une formation d’un an et décroche un diplôme universitaire sur les maladies parasitaires tropicales en juin 2002. En contact avec Médecins sans Frontières (MSF), elle se voit proposer un poste à Makamba, chef-lieu de la province du sud du Burundi. Situé en Afrique centrale, le Burundi est un petit pays enclavé et montagneux qui compte six millions d'habitants. Tout comme chez son voisin, le Rwanda, la vie politique est dominée par des rivalités entre communautés Hutus et Tutsis. Depuis 1993, une guerre civile y a fait entre 250 000 et 300 000 morts, essentiellement des civils. « Initialement, je ne voulais pas travailler dans un pays en conflit ni vivre sous l’oppression quotidienne… Mais c’est en parlant notamment avec des volontaires, de retour de mission, que j’ai malgré tout décidé de me mettre en disponibilité. De plus, le fait que le Burundi ne soit pas médiatisé m’a motivé » explique Sophie.
Une insécurité constante.
Sophie est donc partie six mois, du 1er novembre 2002 au 23 avril dernier. Sa mission devait se poursuivre jusqu’au 1er juin 2003 mais elle a été évacuée, une attaque rebelle ayant éclaté à dix mètres de son logement. En dehors des horreurs que lui inspire la guerre, la sage-femme a immédiatement été séduite par la région. « Je n’avais pas l’image d'un pays aussi verdoyant. La montagne, les collines, la descente sur le lac Tanganyika, c’est grandiose ! De plus, j’étais étonnée que Makamba soit reliée à la capitale, Bujumbura, par une route en dur sur 150 kilomètres » décrit-elle. Dans cette province du Sud qui totalise 300 000 habitants et pas moins de 100 000 déplacés de guerre, Makamba est un village qui vit au rythme du marché et de quelques bars. Aux alentours, les habitants des collines dorment principalement dans des cases en torchis, certains avec leurs vaches. Seuls une poignée de riches propriétaires réside dans des maisons en dur.
Comme dans beaucoup de pays en Afrique, les femmes n’accouchent pas à l’hôpital mais à la maison, souvent seules, car elles n’ont pas d’argent. Certaines sont aidées d’une accoucheuse traditionnelle qui officie parfois sans compresses ni gants. Les moins isolées peuvent se faire suivre tout au long de leur grossesse et accoucher dans un centre de santé de la province. Cependant, l’insécurité des routes, particulièrement la nuit, et le coût élevé des transports en commun n'encouragent pas les déplacements. Malgré ce contexte difficile, certaines femmes enceintes sont capables de marcher, pieds nus, trois jours durant, pour venir accoucher à l’hôpital de Makamba, établissement hospitalier de référence dans la province. D’autres voyagent sur une civière en osier, le porte-bagages d’un vieux vélo ou en « matatou » (taxi-brousse) bondé. A Makamba, en dehors de l’hôpital, une maternité privée, tenue par des sœurs, pratique environ 1000 accouchements par an. Mais elle est réservée aux familles qui ont les moyens de payer les médicaments et l’accouchement.
Réorganiser le service de gynécologie-obstétrique.
Le personnel de MSF est présent au Burundi depuis dix ans. Le 11 novembre 2002, l’ONG a signé un accord avec l'hôpital de Makamba, afin d'offrir des soins de qualité aux plus pauvres moyennant une somme modique. En plus des centres de santé et des dispensaires répartis dans la province, MSF a mis en place des cliniques mobiles pour soigner les populations les plus isolées. A l'origine, l’hôpital de Makamba disposait d'un service de gynécologie-obstétrique, tenu par six infirmières qui parlent toutes français. Dotées de trois années de formation, elles accompagnaient les grossesses normales et surveillaient le travail des parturientes. Seul le directeur de l'hôpital, dont l’emploi du temps était très chargé, assurait les urgences obstétricales. Grâce à l'accord passé avec MSF, un médecin, chargé de la médecine et de la pédiatrie, un chirurgien, un anesthésiste, une infirmière de bloc et une sage-femme sont venus renforcer l'équipe.
Sur les 120 lits dont dispose l’hôpital, 21 sont réservés à la maternité qui enregistre environ 400 accouchements par an. Dès son arrivée, Sophie a mis en place une salle d’examen qui jouxte la salle d’accouchement. Le tri entre les urgences et les consultations prénatales et de gynécologie peut ainsi y être réalisé. Ce fut un grand changement car, auparavant, les femmes en travail étaient reléguées dans une pièce sombre et sale, au fond d’un couloir. Par ailleurs, pour la première fois, les futures mamans étaient à la fois examinées et testées pour le paludisme avant d’être hospitalisées.
Au début, Sophie était effarée par l’état de santé général des patientes. « En plus du paludisme, elles souffraient d’anémies sévères, de carences nutritionnelles, sans oublier le VIH qui concerne 15 à 20 % des femmes enceintes en milieu urbain » rapporte-t-elle. En dehors du dosage d’hémoglobine, de la goutte épaisse et du groupage sanguin, aucun examen biologique n’est réalisé, faute de moyens. L'hôpital ne dispose pas non plus de radio ni d’échographie. Si la pratique est uniquement clinique, Sophie a rapidement appris à détecter les infections et les différentes pathologies gynécologiques et obstétricales. Par ailleurs, elle s’est particulièrement intéressée aux mères présentant un utérus cicatriciel. Afin d'éviter une rupture utérine lors d’une délivrance à leur domicile, elle les hospitalisait un mois avant l'accouchement. Parmi les souvenirs inoubliables, une maman se présente en consultation avec un nouveau-né dans les bras. Elle venait juste d’accoucher. Deux jours plus tard, elle donnait naissance à un frère jumeau qui, lui, était resté dans son ventre, en position transversale. Heureusement les bébés étaient en parfaite santé.
Avec l’aide du chirurgien, l’hôpital s’est également doté d’une toute nouvelle salle d’accouchement : un lit et sa moustiquaire pour le travail, une table d’examen gynécologique pour l’expulsion, un scialytique, des forceps, une bouteille à oxygène, une balance, une lampe à pétrole en cas de panne et des bougies. En revanche, pas de monitoring, ni d’appareil à tension automatique. C'était exigu mais suffisant. « Cette nouvelle installation représentait un symbole fort car, enfin, on s’occupait des femmes » précise Sophie.
Les Burundaises étaient impressionnées par l'hôpital mais le fait que Sophie soit une « muzungu » (blanche) les rassurait. Les tout premiers accouchements ont marqué la sage-femme. « Les femmes voulaient à tout prix mettre au monde leur enfant sur la table d’examen alors que chez elles, elles accouchent accroupies. Elles expriment très peu leur douleur car c'est ici considéré comme incorrect. Les parturientes ont donc appris à ne pas crier sous peine de se faire sévèrement réprimander par les infirmières. Et lorsque l'enfant naît, elles ne le prennent jamais contre elles. Il est aussitôt enveloppé dans un pagne, puis confié à la grande tante ou la belle-mère qui, pour manifester leur joie, dansent… » raconte-t-elle avec émotion.
De jour comme de nuit.
L’emploi du temps de Sophie était toujours bien rempli. Elle travaillait sept jours sur sept et assurait les urgences de gynéco-obstétrique. Lorsqu'elle était appelée la nuit, elle parcourait un kilomètre avec l’infirmière du bloc ou l’anesthésiste pour se rendre à l’hôpital. Le matin, après avoir fait le point sur les urgences avec l’équipe, elle effectuait les visites. Avant la réorganisation du service, les infirmières n’étaient pas très motivées. « Certaines étaient absentes. D’autres laissaient les patientes sans surveillance, la nuit. MSF a donc instauré des primes, en plus de leur salaire mensuel payé par le ministère de la Santé, soit 32 000 francs burundais (32 euros). Le service a ensuite nettement mieux tourné » explique-t-elle. Les tâches étaient réparties les infirmières. Certaines accueillaient les femmes et assuraient les consultations prénatales, d’autres œuvraient en salle d’accouchement. Et la sage-femme de préciser : « Le but était qu’elles soient autonomes. Quand l’une d’elles rencontrait un problème, on voyait la patiente ensemble. Si elle nécessitait une césarienne, j’en référais au chirurgien et on en discutait. » A ce quotidien s’ajoutait une pratique clinique de gestion des urgences.
Depuis la fin mai, Sophie a été remplacée à Makamba. En contact avec l’équipe, elle sait que le personnel fait de son mieux pour garder de bons réflexes comme prendre la température des femmes enceintes, prescrire du fer à celles qui sont anémiées, stériliser les instruments, désinfecter la table d’accouchement à chaque usage avec des pastilles de chlore. De cette première expérience humanitaire enrichissante, elle tire de nombreux enseignements. « Lorsque l’on arrive à mettre des choses en place, c’est gratifiant. J’ai beaucoup appris aussi bien sur le plan humain que dans le domaine strictement obstétrical. Ce travail m’a rendu humble et plus patiente. Aujourd’hui, je suis plus en mesure de lâcher du lest sur certaines choses pour me consacrer à ce qu est vraiment important » confie-t-elle. En attendant que la situation s’apaise, la sage-femme, plus motivée que jamais, se prépare à repartir, cette fois-ci, à Kinama, dans un des quartiers nord de Bujumbura, la capitale du Burundi.
Propos recueillis par Agnès Masselot-Guir




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