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Technicien(e) de laboratoire

Portraits - Témoignages de technicien(ne)s de laboratoire

Laurence Flevaud, technicienne de laboratoire.

Le rôle du technicien de laboratoire va bien plus loin que son seul aspect technique. Pour le traitement de certaines maladies, il est souvent au coeur même des programmes et permet leur bon déroulement.


Je suis diplômée d'un DU de parasitologie maladies tropicales à Paris. Dès ma licence, j'avais plutôt envie de faire de la recherche en collaboration étroite avec le terrain, et plus particulièrement sur les maladies tropicales. Je souhaitais également voyager, à la fois pour moi et pour acquérir une expérience professionnelle. Ma première expérience de terrain, je l'ai donc vécu en Guyane, au sein du laboratoire du Conseil général qui avait monté un programme de lutte anti-vectorielle contre le paludisme et la dengue. Le laboratoire, en plus du travail sur les maladies tropicales, effectuait également des examens généraux dans différents domaines (microbiologie, biochimie, anatomie-pathologie, hématologie), plus particulièrement axés sur le suivi des populations défavorisées. Nos activités portaient ainsi sur le suivi de femmes enceintes, l'hématologie, le dépistage VIH ou tuberculose, etc.
» TRAVAILLER SUR LES MALADIES TROPICALES
Cette première expérience m'a totalement conforté dans l'envie de travailler sur les maladies tropicales. Je savais toutefois que toutes les techniques dont je pouvais disposer dans ce laboratoire - comme par exemple Elisa Western Blot pour le VIH, chromatographie, electrophorèse PCR, coloration de Gram ou coloration Giemsa pour le paludisme - je ne pourrais certainement pas en bénéficier dans le cadre du travail avec une association humanitaire. Mais c'est ainsi que j'ai vraiment pu appréhender le travail sur le terrain dans le domaine des maladies tropicales.

Pourtant, je pensais que cette expérience ne serait pas suffisante pour travailler pour MSF, qui demandait 2 années d'expérience professionnelle avant un premier départ sur le terrain. Je sais aujourd'hui que j'aurais pu tenter ma chance grâce à ces 6 mois en Guyane. Je suis donc partie en Angola avec Action Contre la Faim (ACF) pour ouvrir 3 laboratoires dans 3 zones différentes. Je suis restée 11 mois dans ce pays en guerre, et ai découvert ce que signifie être technicien de laboratoire pour une ONG : on travaille dans des zones particulièrement isolées : nos seuls contacts avec la capitale se font par radio, et il n'y a qu'un avion par mois qui fait la liaison. Mais l'intérêt est aussi de voir "en vrai" tout ce que l'on apprend dans les livres en France, par exemple, voir du paludisme sur lame ! Cette expérience là est incomparable.

De retour en France, je voulais poursuivre cette expérience d'être en prise directe avec le terrain. J'ai postulé à MSF car l'association propose des postes très variés, des postes de technicien de laboratoire généraliste et spécialisé, et permet aussi de travailler sur des programmes de recherche opérationnelle.
» SAVOIR S'ADAPTER À DIFFÉRENTS CONTEXTES
Je suis donc partie pour une première mission au Libéria, afin d'ouvrir ou de remettre en route 8 laboratoires sur 5 sites différents en 6 mois. Un vrai défi! D'autant que travailler en tant que technicien de laboratoire sur un programme MSF, ce n'est pas faire à la place des techniciens locaux. Notre rôle n'est pas de se substituer à eux, mais de les encadrer et superviser leur travail afin d'assurer la qualité des diagnostics.

Travailler avec les techniciens locaux signifie également que nous sommes capables de réaliser les mêmes examens qu'eux et il faut savoir s'y préparer. Ainsi, il faut être capable de travailler manuellement : il n'y a pas toujours d'électricité sur le terrain et on ne peut pas faire tourner un groupe électrogène toute la journée, il est donc indispensable de posséder à la fois des connaissances techniquement développées afin de savoir quelles sont les possibilités dont on dispose pour chaque situation, mais également de maîtriser les techniques de bases, afin de pouvoir travailler avec un minimum de matériel. Ainsi, par exemple, il faut être capable de réaliser une dilution, le comptage des globules blancs avec une cellule de type Neuebaer ou faire des comparaisons de couleurs pour les tests d'hémoglobine, etc.

La mission suivante m'a conduite au Malawi où j'ai participé à la mise en place du programme VIH. Autre programme, autre maladie et donc autres type d'activités : mise en place du dépistage, formation des techniciens, organisation des structures, sans oublier le contrôle de l'activité générale du laboratoire. J'ai également découvert le travail autour d'une maladie, le sida et les maladies opportunistes qui lui sont liées, que je connaissais peu car j'avais jusqu'alors uniquement travaillé sur des tests théoriques. Ainsi, par exemple, je n'avais jamais fait le diagnostic d'une femme enceinte et séropositive, en étant directement confrontée à la personne - dans un laboratoire européen, c'est généralement le directeur qui donne les résultats, le technicien se contente de réaliser le test. J'ai également appris ce que cela signifie d'annoncer à quelqu'un que le test est positif, l'implication sur la personne de cette nouvelle, comme sur l'ensemble de la communauté. Notre rôle, ainsi, ne s'arrête pas à la porte du laboratoire et c'est ce qui peut en faire la richesse.
» RECHERCHE OPÉRATIONNELLE
Après cette mission d'un an, je suis retournée en Angola, non pas comme technicienne de laboratoire sur un programme existant, mais afin de réaliser une étude un peu atypique. Des examens de laboratoires réalisés à Kaala montraient des résultats totalement surprenants, de nombreux cas de méningite à streptocoque, des résultats de tests rapides montrant une double infection (streptocoque, méningocoque), cas qui n'avaient alors jamais été documentés en Afrique ou ailleurs. Ma mission consistait donc à confirmer ou infirmer le diagnostic et donc de voir si les examens avaient été faits correctement. Sur place, je me suis ainsi rendue compte que certains prélèvement et tests n'avaient pas été menés dans les conditions d'asepsie nécessaires, ce qui avait donc conduit à des résultats erronés. Mais, parvenir avec certitude à cette conclusion a nécessité 6 mois de travail, afin de tout contrôler étape par étape. L'enjeu de cette étude était de taille. Si les tests de laboratoire avaient été confirmés, c'est toute la stratégie opérationnelle du programme qu'il aurait fallu revoir. Ce qui montre bien à quel point la place du technicien de laboratoire peut être primordiale.
» LE LABORATOIRE AU CENTRE DU PROGRAMME
Cette place au centre du programme, je l'ai également vécu en Ouganda, au sein de programme de traitement de la maladie du sommeil, où j'étais également Responsable de terrain. Pour le traitement de la maladie du sommeil, le laboratoire jouie en effet d'une position centrale. Pour cette maladie, les signes cliniques ne sont pas suffisants. Seul un examen de laboratoire peut à la fois confirmer le diagnostic et déterminer le stade de la maladie - donc le traitement adapté. Ainsi, sans laboratoire, le programme ne peut tout simplement pas fonctionner. J'ai donc cumulé ce rôle avec celui de responsable terrain, dont l'objectif est de faire en sorte que toutes les composantes du programme évoluent en même temps pour son bon fonctionnement.

Le rôle du technicien de laboratoire va donc bien plus loin que son seul aspect technique. Nous faisons partie intégrante des programmes et, à ce titre, en plus de travailler avec l'équipe locale - équipe du ministère de la Santé ou employée par MSF - nous travaillons main dans la main avec l'ensemble de l'équipe médicale. Les discussions entre eux et nous sont indispensables. Ce type de poste nous met ainsi au coeur de ce qui fait l'essentiel de MSF : des soins de qualité pour des populations qui, le plus souvent, en manquent cruellement.