Portraits - Témoignages de psychologues cliniciens
Marie-Dominique, 28 ans. DESS
Psychologie clinique et D.U. Méthode projective.
Après mon DESS, j'ai rapidement trouvé mon premier poste : j'ai été embauchée par la Mairie de Tours. J'étais la seule psychologue "petite enfance" dans les différentes structures gérées par la ville, au nombre de 17 - crèches collectives ou familiales, haltes-garderies, etc. Mon activité consistait surtout dans le soutien des équipes de chaque structure, je travaillais en relation avec les pédiatres dans les crèches, ainsi que les structures médicales extérieures et les PMI.
Lorsque j'ai commencé à travailler, cela faisait longtemps que je souhaitais m'engager dans l'humanitaire. Mais je ne savais comment faire, et je me disais également que, lorsque j'aurais commencé une activité professionnelle, ce ne serait plus possible. Mais après un an d'activité, je me suis rendue compte que je pourrais toujours trouver facilement du travail.
Je n'avais pas écrit à Médecins Sans Frontières car j'avais lu sur le site qu'il fallait, au préalable, assister à une réunion d'information, mais il n'y avait pas d'Antenne MSF à Tours. Quelques mois ont passé, puis je me suis décidée à envoyer quand même ma candidature. Et là, surprise, j'ai été reçue en entretien 15 jours plus tard, au siège à Paris. Nous étions fin juin. A l'issue de l'entretien, la chargée de recrutement me propose une mission de six mois, qui devait démarrer en septembre. Mon contrat avec la Mairie de Tours venait à échéance fin août, c'était donc tout à fait envisageable.
Après mon DESS, j'ai rapidement trouvé mon premier poste : j'ai été embauchée par la Mairie de Tours. J'étais la seule psychologue "petite enfance" dans les différentes structures gérées par la ville, au nombre de 17 - crèches collectives ou familiales, haltes-garderies, etc. Mon activité consistait surtout dans le soutien des équipes de chaque structure, je travaillais en relation avec les pédiatres dans les crèches, ainsi que les structures médicales extérieures et les PMI.
Lorsque j'ai commencé à travailler, cela faisait longtemps que je souhaitais m'engager dans l'humanitaire. Mais je ne savais comment faire, et je me disais également que, lorsque j'aurais commencé une activité professionnelle, ce ne serait plus possible. Mais après un an d'activité, je me suis rendue compte que je pourrais toujours trouver facilement du travail.
Je n'avais pas écrit à Médecins Sans Frontières car j'avais lu sur le site qu'il fallait, au préalable, assister à une réunion d'information, mais il n'y avait pas d'Antenne MSF à Tours. Quelques mois ont passé, puis je me suis décidée à envoyer quand même ma candidature. Et là, surprise, j'ai été reçue en entretien 15 jours plus tard, au siège à Paris. Nous étions fin juin. A l'issue de l'entretien, la chargée de recrutement me propose une mission de six mois, qui devait démarrer en septembre. Mon contrat avec la Mairie de Tours venait à échéance fin août, c'était donc tout à fait envisageable.
» PREMIÈRE MISSION AU CONGO-BRAZZAVILLE
J'ai donc démarré le 7 septembre 2001
ma mission au Congo-Brazzaville, dans le cadre du programme "Victimes
de Violences Sexuelles" au sein de l'hôpital de Makélékélé,
au sud de la capitale. Ce projet, mis en place par MSF en mars
2000, s'inscrit dans le cadre du programme national de prise
en charge des victimes de violences sexuelles. Au départ du
projet MSF, il n'y avait pas de "psy" (psychiatre ou, comme
moi, psychologue clinicien), le premier "psy" MSF a intégré le
programme en mars 2001. J'étais responsable de ce programme
– d'autres volontaires MSF étaient également présents, sur
d'autres programmes -, je travaillais avec une équipe de Congolais
: un médecin, un psychologue, deux assistantes sociales, un
assistant informatique - pour le recueil des données du programme
- et deux chauffeurs - pour les visites à domicile. Nous prenions
en charge des femmes victimes de viols perpétrés par des hommes
en uniformes (militaires, policiers, miliciens), mais également
par des civils, des personnes parfois connues des victimes,
des gens du quartier, de "la parcelle" comme ils disent. En
2001, 52% des victimes étaient des mineures, et au fil du temps,
nous avons été amenés à prendre en charge des très jeunes filles,
voire des enfants, parfois des petites filles de 3 ans. Je
dois admettre que, au début, j'étais un peu déstabilisée, car
je n'avais pas été confrontée à cela dans le cadre de mes activités à Tours.
» ANIMER, ORGANISER, SOIGNER
Mon rôle consistait à faire le lien
entre les différents volets du programme : l'aspect médical,
psychologique, social et juridique. Il s'agissait d'un travail
d'équipe qui comprenait un volet soins et un volet coordination
/organisation. Mon expérience professionnelle m'a été utile
pour mettre en place et gérer ces activités collectives. Chaque
matin, j'organisais une réunion de coordination avec l'équipe,
afin de répartir le travail : une assistante sociale pour les
visites à domicile, l'autre assistante sociale à l'hôpital,
avec le médecin et le psychologue. Les consultations avaient
lieu le matin, de 9 heures jusqu'à 1415 heures. Les patientes
voyaient d'abord le médecin qui effectuait un examen, délivrait
les médicaments nécessaire et établissait un certificat médical
- indispensable pour les poursuites judiciaires- , puis elles
effectuaient différents tests (VIH, MST, grossesse). Nous étions
parfois amenés à prescrire la pilule du lendemain. Elles voyaient
ensuite le psychologue pour un entretien, puIs l'assistante
sociale qui les accompagnait dans leurs différentes démarches
et notamment les démarches juridiques : dépôt et suivi des
plaintes, etc.
J'avais décidé de m'impliquer dans les entretiens avec le psychologue, et j'assistais aux entretiens. Il est important que l'entretien soit assuré par un Congolais, car, même si le Congo-Brazzaville est un pays francophone, toutes les femmes ne parlaient pas le français ou même ne souhaitent pas parler à "une blanche". De toutes façons, il est préférable qu'elles s'expriment dans leur langue maternelle. La première consultation ressemble à un débriefing. La personne raconte ce qui s'est passé, l'émotion ressentie au moment des faits, ses inquiétudes, la façon dont elle envisage l'avenir, etc.
J'avais décidé de m'impliquer dans les entretiens avec le psychologue, et j'assistais aux entretiens. Il est important que l'entretien soit assuré par un Congolais, car, même si le Congo-Brazzaville est un pays francophone, toutes les femmes ne parlaient pas le français ou même ne souhaitent pas parler à "une blanche". De toutes façons, il est préférable qu'elles s'expriment dans leur langue maternelle. La première consultation ressemble à un débriefing. La personne raconte ce qui s'est passé, l'émotion ressentie au moment des faits, ses inquiétudes, la façon dont elle envisage l'avenir, etc.
» L'IMPORTANTE DIMENSION FAMILIALE DANS
LE SOIN
Mais ce qui diffère par rapport à ma
pratique en France est la manière dont les femmes parlent de
ce qu'elles ont vécu. Elles racontent vraiment tout, "palabrent",
font des tours et des détours, n'utilisent pas le même vocabulaire
que les patients en France et ainsi, l'essentiel de ce qui
est dit n'est pas du tout placé au même endroit que chez nous.
C'est pourquoi, il n'est absolument pas envisageable de réaliser
une consultation en une demi-heure ! Il faut savoir passer
du temps avec chaque personne. Autre élément à prendre en compte
: la famille, qui est tout le temps présente, sauf lorsque
la patiente raconte son histoire. Après l'entretien individuel,
la famille se joint à la consultation avec le psychologue et
raconte ce que le viol a impliqué pour elle. Cette présence
est nécessaire, mais c'est bien plus que de la simple présence
: une fois, nous avions convoqué les 6 personnes de la famille.
Ils sont venus à 14. Mais cette dimension familiale représente
un intérêt évident. Il est en effet indispensable d'expliquer
ce qu'est le viol, afin que les hommes de la famille ne rejettent
pas la femme. Car, même lorsque le viol est manifeste, c'est-à-dire
au vu et au su de tous, beaucoup considèrent que la victime était
consentante, même s'il s'agit d'une enfant. Cette parole mise
en commun permet alors de reconstruire le lien familial.
Les après-midi sont consacrées aux visites à domicile. Elles ne sont pas réalisées de façons systématiques pour toutes les patientes, mais se décident lors de la consultation du matin, lorsque, par exemple, il faut envisager un suivi psychologique dans le cadre d'une thérapie familiale, ou lorsque les personnes ne peuvent pas se déplacer. Ces visites sont, elles aussi, très différentes. D'abord, on découvre le quotidien des personnes, dont beaucoup vivent dans des conditions d'une extrême précarité : des petites maisons qui n'ont de maison que le nom, construites avec des bouts de tôles, inondées à la première pluie, souvent une ou deux petites pièces de 10m2 où vivent entassées dix personnes les unes sur les autres. Et souvent, les auteurs des viols sont des voisins, parfois jeunes, eux aussi. Même lorsqu'il s'agit d'adultes qui violent de très jeunes filles, ce ne sont pas de pédophiles, mais des personnes qui ont perdu tous leurs repères dans ce contexte de misère qui fait, de plus, suite à une guerre. Ces visites à domicile sont également l'occasion de découvrir la culture africaine, imprégnée de diverses croyances, où se mêlent marabouts et féticheurs, sans parler de l'importance accordée par tous à la médecine traditionnelle. Là encore, il est important de se rendre disponible pour écouter, sans juger. Et parfois accepter de ne pas tout comprendre.
Les après-midi sont consacrées aux visites à domicile. Elles ne sont pas réalisées de façons systématiques pour toutes les patientes, mais se décident lors de la consultation du matin, lorsque, par exemple, il faut envisager un suivi psychologique dans le cadre d'une thérapie familiale, ou lorsque les personnes ne peuvent pas se déplacer. Ces visites sont, elles aussi, très différentes. D'abord, on découvre le quotidien des personnes, dont beaucoup vivent dans des conditions d'une extrême précarité : des petites maisons qui n'ont de maison que le nom, construites avec des bouts de tôles, inondées à la première pluie, souvent une ou deux petites pièces de 10m2 où vivent entassées dix personnes les unes sur les autres. Et souvent, les auteurs des viols sont des voisins, parfois jeunes, eux aussi. Même lorsqu'il s'agit d'adultes qui violent de très jeunes filles, ce ne sont pas de pédophiles, mais des personnes qui ont perdu tous leurs repères dans ce contexte de misère qui fait, de plus, suite à une guerre. Ces visites à domicile sont également l'occasion de découvrir la culture africaine, imprégnée de diverses croyances, où se mêlent marabouts et féticheurs, sans parler de l'importance accordée par tous à la médecine traditionnelle. Là encore, il est important de se rendre disponible pour écouter, sans juger. Et parfois accepter de ne pas tout comprendre.
» L'APPORT D'UN "PSY" EXPATRIÉ
Dans ce cadre, on peut se poser la
question de savoir quel est l'apport réel d'un "psy" MSF. Les
psychologues locaux sont généralement formés en Europe, mais
ils n'appliquent pas de la même manière. Ce qui est important,
en fait, est que le psychologue expatrié joue un rôle de supervision,
dans l'échange avec le psychologue local, afin que celui-ci
reste bien dans son rôle de psychologue et ne se transforme
pas, par exemple, en éducateur.
Travailler dans un contexte aussi différent que celui auquel on est habitué en France peut faire peur. Mais il faut prendre le temps de regarder, d'ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure. Mon expérience en France avec des enfants m'a beaucoup servi. Mais surtout, on apprend énormément dans l'échange. Et on se découvre soi-même. Aujourd'hui, je travaille à nouveau dans une crèche où il y a des enfants africains. Mon expérience au Congo-Brazzaville m'a appris à ne pas les juger, mais à mieux les comprendre et donc à mieux interagir et travailler avec eux. Ainsi, je sais maintenant que les enfants africains souffrent beaucoup de ne pas être portés, ou que, lorsqu'un enfant pare d'une femme en disant : "c'est ma maman", alors que ce n'est pas sa mère, il s'agit simplement pour lui d'exprimer son respect. Ne pas le savoir m'aurait sans doute conduit à faire des erreurs.
Avant de partir, je me disais : "si je craque, tant pis, au moins j'aurais essayé." Mais je n'ai pas craqué. Et je suis heureuse d'avoir vécu cette expérience. Je repartirai pour MSF.
Aujourd'hui, Marie-Dominique est à nouveau psychologue dans un programme à Gaza, dans les Territoires Palestiniens.
Travailler dans un contexte aussi différent que celui auquel on est habitué en France peut faire peur. Mais il faut prendre le temps de regarder, d'ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure. Mon expérience en France avec des enfants m'a beaucoup servi. Mais surtout, on apprend énormément dans l'échange. Et on se découvre soi-même. Aujourd'hui, je travaille à nouveau dans une crèche où il y a des enfants africains. Mon expérience au Congo-Brazzaville m'a appris à ne pas les juger, mais à mieux les comprendre et donc à mieux interagir et travailler avec eux. Ainsi, je sais maintenant que les enfants africains souffrent beaucoup de ne pas être portés, ou que, lorsqu'un enfant pare d'une femme en disant : "c'est ma maman", alors que ce n'est pas sa mère, il s'agit simplement pour lui d'exprimer son respect. Ne pas le savoir m'aurait sans doute conduit à faire des erreurs.
Avant de partir, je me disais : "si je craque, tant pis, au moins j'aurais essayé." Mais je n'ai pas craqué. Et je suis heureuse d'avoir vécu cette expérience. Je repartirai pour MSF.
Aujourd'hui, Marie-Dominique est à nouveau psychologue dans un programme à Gaza, dans les Territoires Palestiniens.
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PORTRAITS - TÉMOIGNAGES DE PSYCHOLOGUES
CLINICIENS
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» Marie-Dominique, 28 ans, psychologue
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