Portraits - Témoignages de psychologues cliniciens
Didier, 37 ans. Première mission
de psychologue clinicien au sein du programme de santé mentale
MSF à Gaza, dans les Territoires Palestiniens. DESS de psychologie
clinique et de psychopathologie à Bordeaux II, 1993.
Cela faisait un moment que je souhaitais partir avec une ONG. Et ce, pour des raisons multiples. D'abord par conviction personnelle. J'ai le sentiment que travailler dans une ONG est un des moyens les plus appropriés pour résister à ce qui peut se passer. J'avais également le besoin et l'envie de renouveler ma pratique professionnelle, c'est-à-dire travailler sur des pathologies que l'on n'a pas l'occasion de traiter en France, comme par exemple, les PTSD liés aux traumatismes en situation de conflit. J'ai également le goût du voyage, du mouvement. De l'aventure.
Mon expérience professionnelle est assez variée. J'ai travaillé à la fois dans des hôpitaux psychiatriques et en CAT (Centre d'Aide par le Travail). Avant de partir pour MSF, je travaillais à trois-quart temps dans une MECS (Maison d'Enfant à Caractère Social) et également pour la PJJ (Protection Judiciaire jeunesse), pour la prise en charge psychologique de détenus, en milieu carcéral.
Je pensais que Médecins Sans Frontières ne travaillait que dans des situations d'urgence et que la dimension psychologique n'était pas prise en compte dans ses programmes. Par le biais de la presse professionnelle, j'ai appris que MSF avait mis en place plusieurs programmes de santé mentale et que la prise en charge psychologique d'urgence avait trouvé sa place au sein de l'association.
Cela faisait un moment que je souhaitais partir avec une ONG. Et ce, pour des raisons multiples. D'abord par conviction personnelle. J'ai le sentiment que travailler dans une ONG est un des moyens les plus appropriés pour résister à ce qui peut se passer. J'avais également le besoin et l'envie de renouveler ma pratique professionnelle, c'est-à-dire travailler sur des pathologies que l'on n'a pas l'occasion de traiter en France, comme par exemple, les PTSD liés aux traumatismes en situation de conflit. J'ai également le goût du voyage, du mouvement. De l'aventure.
Mon expérience professionnelle est assez variée. J'ai travaillé à la fois dans des hôpitaux psychiatriques et en CAT (Centre d'Aide par le Travail). Avant de partir pour MSF, je travaillais à trois-quart temps dans une MECS (Maison d'Enfant à Caractère Social) et également pour la PJJ (Protection Judiciaire jeunesse), pour la prise en charge psychologique de détenus, en milieu carcéral.
Je pensais que Médecins Sans Frontières ne travaillait que dans des situations d'urgence et que la dimension psychologique n'était pas prise en compte dans ses programmes. Par le biais de la presse professionnelle, j'ai appris que MSF avait mis en place plusieurs programmes de santé mentale et que la prise en charge psychologique d'urgence avait trouvé sa place au sein de l'association.
» PRISE EN CHARGE D'URGENCE
Je suis arrivé à Gaza le 1er novembre
2001. J'ai rencontré l'équipe de coordination MSF à Jérusalem,
puis je me suis rendu en visite à Hébron, où MSF a également
un programme de prise en charge psychologique. Et très rapidement,
je suis arrivé à Gaza. Le programme MSF à Gaza concerne un
travail de prise en charge d'urgence de personnes très exposées
par les phénomènes de violence. Nous visitons les familles
et nous les prenons en charge si nous nous rendons compte qu'elles
présentent des troubles post-traumatiques. Il peut s'agir de "débriefing"si
le traumatisme subi est récent, ou d'une prise en charge à moyen
terme si la pathologie est déjà plus installée.
A Gaza, l'équipe MSF est composée de 4 personnes : un responsable de terrain, deux psychologues cliniciens et un médecin. Je travaille toujours en collaboration avec un médecin qui gère la dimension somatique des syndromes. Le travail effectué est très interactif et il est réellement nécessaire que nous collaborions tous ensemble. L'autre psychologue travaille dans une zone géographiquement plus limitée et dans un centre de femmes palestiniennes. Moi, je me déplace chez les familles les plus exposées et dans les zones les plus difficiles d'accès : la "chance" de MSF est de pouvoir aller dans des lieux où personne d'autre ne peut se rendre.
Je travaille avec un traducteur, ce qui est indispensable, même si cela représente un certain nombre d'inconvénients. Car, en discutant avec les personnes, je n'ai pas autant d'informations que je pourrais en avoir si nous parlions la même langue. Ainsi, on ne peut pas comprendre - ou très peu - tout ce qui peut transparaître dans le langage non-verbal, ni certains indices cliniques. Mais cela nous oblige à être plus vigilant à ce que dit la personne et à ce que je dis moi-même. Ils vont à l'essentiel, aussi à cause de la traduction.
A Gaza, l'équipe MSF est composée de 4 personnes : un responsable de terrain, deux psychologues cliniciens et un médecin. Je travaille toujours en collaboration avec un médecin qui gère la dimension somatique des syndromes. Le travail effectué est très interactif et il est réellement nécessaire que nous collaborions tous ensemble. L'autre psychologue travaille dans une zone géographiquement plus limitée et dans un centre de femmes palestiniennes. Moi, je me déplace chez les familles les plus exposées et dans les zones les plus difficiles d'accès : la "chance" de MSF est de pouvoir aller dans des lieux où personne d'autre ne peut se rendre.
Je travaille avec un traducteur, ce qui est indispensable, même si cela représente un certain nombre d'inconvénients. Car, en discutant avec les personnes, je n'ai pas autant d'informations que je pourrais en avoir si nous parlions la même langue. Ainsi, on ne peut pas comprendre - ou très peu - tout ce qui peut transparaître dans le langage non-verbal, ni certains indices cliniques. Mais cela nous oblige à être plus vigilant à ce que dit la personne et à ce que je dis moi-même. Ils vont à l'essentiel, aussi à cause de la traduction.
» UNE PRATIQUE DIFFÉRENTE
Dans ce type de situation, notre manière
de travailler est très différente de notre pratique en France.
En revanche, la souffrance qui s'exprime dans les Territoires
est la même que partout ailleurs. Pour cela, nous ne sommes
pas "dépaysés". Et c'est aussi ce qui justifie notre travail.
L'environnement est certes différent, notre technique de travailler
l'est aussi, mais le contenu est le même.
Par exemple, la manière de travailler sur le deuil. 5 enfants de 3 familles avaient sauté sur une mine. Quand nous avons rencontré les familles, la manière dont le père parlait de sa peine face au vide de la mort de ses enfants révélait l'explosion des liens familiaux : chacun était isolé dans sa souffrance. Et cela, c'est la même chose en France. La société palestinienne est très communautaire. Il est donc très douloureux et profondément déstabilisant d'être isolé les uns des autres. La première chose à faire est donc de les "débriefer" à la fois individuellement et collectivement. Lors de notre première rencontre, j'ai ainsi vu d'abord deux pères, puis la famille plus élargie. Il est alors nécessaire, après avoir identifié ce symptôme de la rupture du lien et de l'isolement dans la souffrance, de ré-instaurer la communication à l'intérieur du groupe familial.
Par exemple, la manière de travailler sur le deuil. 5 enfants de 3 familles avaient sauté sur une mine. Quand nous avons rencontré les familles, la manière dont le père parlait de sa peine face au vide de la mort de ses enfants révélait l'explosion des liens familiaux : chacun était isolé dans sa souffrance. Et cela, c'est la même chose en France. La société palestinienne est très communautaire. Il est donc très douloureux et profondément déstabilisant d'être isolé les uns des autres. La première chose à faire est donc de les "débriefer" à la fois individuellement et collectivement. Lors de notre première rencontre, j'ai ainsi vu d'abord deux pères, puis la famille plus élargie. Il est alors nécessaire, après avoir identifié ce symptôme de la rupture du lien et de l'isolement dans la souffrance, de ré-instaurer la communication à l'intérieur du groupe familial.
» SOIGNER, SOULAGER EST POSSIBLE ET EFFICACE
Dans le cadre de notre prise en charge,
nos rencontres se font donc toujours avec le médecin. Pendant
qu'il effectue sa consultation, les autres personnes de la
famille discutent entre eux en attendant. Puis nous menons
des discussions à deux ou trois personnes, qui restent toujours
centrées sur l'événement. Peu à peu, le groupe autour s'anime.
Quelques personnes rient. Et là, quelque chose se passe. La
communication se place sur un autre mode que celui de la douleur.
Renaît alors un semblant de vie qui redevient normale.
Au niveau personnel, cette expérience a été, pour moi, unique. Elle a permis une rencontre avec une culture, finalement pas si éloignée de la nôtre, basée sur la compréhension, l'échange. Je n'ai pas ressenti de décalage, je me suis réellement senti "en phase" avec les gens. Ce sont des personnes adorables, patientes dont les conversations sont régulièrement ponctuées de "Inch Allah" (si Dieu le veut). Dans ce contexte difficile et très isolé, les rencontres sont très spontanées, les échanges sont plus fluides. Humainement, l'expérience est donc réellement enrichissante. Et cela dans un contexte de forte insécurité, avec des bombardements, des tirs récurrents, où parfois nous-mêmes sommes l'objet de sommation de la part des militaires.
Du point de vue professionnel, cela m'a donc permis de rencontrer un nombre étonnant de personnes atteintes de PTSD. Toutes les personnes que j'ai pu rencontrer dans le cadre de mon travail de prise en charge manifestaient des symptômes post-traumatiques. Les conditions de travail nous obligent à adapter notre clinique. En France, nous travaillons dans des bureaux confortables. Là-bas, il est nécessaire de faire preuve de capacité d'adaptation et surtout de ne pas faire entrer le patient dans son propre contexte culturel. Mais j'ai la conviction que, malgré tout, il s'agit de pathologies que l'on peut soulager efficacement et en peu de temps.
Au niveau personnel, cette expérience a été, pour moi, unique. Elle a permis une rencontre avec une culture, finalement pas si éloignée de la nôtre, basée sur la compréhension, l'échange. Je n'ai pas ressenti de décalage, je me suis réellement senti "en phase" avec les gens. Ce sont des personnes adorables, patientes dont les conversations sont régulièrement ponctuées de "Inch Allah" (si Dieu le veut). Dans ce contexte difficile et très isolé, les rencontres sont très spontanées, les échanges sont plus fluides. Humainement, l'expérience est donc réellement enrichissante. Et cela dans un contexte de forte insécurité, avec des bombardements, des tirs récurrents, où parfois nous-mêmes sommes l'objet de sommation de la part des militaires.
Du point de vue professionnel, cela m'a donc permis de rencontrer un nombre étonnant de personnes atteintes de PTSD. Toutes les personnes que j'ai pu rencontrer dans le cadre de mon travail de prise en charge manifestaient des symptômes post-traumatiques. Les conditions de travail nous obligent à adapter notre clinique. En France, nous travaillons dans des bureaux confortables. Là-bas, il est nécessaire de faire preuve de capacité d'adaptation et surtout de ne pas faire entrer le patient dans son propre contexte culturel. Mais j'ai la conviction que, malgré tout, il s'agit de pathologies que l'on peut soulager efficacement et en peu de temps.
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PORTRAITS - TÉMOIGNAGES DE PSYCHOLOGUES
CLINICIENS
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» Didier, 37 ans, psychologue
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