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MédecinGénéraliste ou spécialiste

Portraits - Témoignages de médecins

Jean-François, 30 ans. Médecin généraliste. Maîtrise de science politique et DEA d'anthropologie politique
» TRAVAILLER POUR MSF : UNE FORME D'ENGAGEMENT
Travailler pour MSF répond à un engagement fondé sur plusieurs constats. Celui d'abord de ne pas accepter que des personnes meurent de pathologies qui peuvent se traiter. Puis de ne pas accepter le marchandage à outrance dans le domaine de la médecine. Autrement dit, de trouver le moyen de combattre le pouvoir des laboratoires pharmaceutiques qui, par exemple, n'indexent pas leurs médicaments au coût de la vie des pays pauvres. C'est d'ailleurs une des actions développées par Médecins Sans Frontières au sein de la Campagne d'Accès aux Médicaments Essentiels. Enfin, il s'agit pour moi d'apporter assistance à des personnes qui subissent des pressions de toutes sortes : que ce soit de leur gouvernement, ou qui sont victimes d'un conflit interne ou entre deux Etats, ainsi que les déplacés et les réfugiés, quelles que soient les raisons de leur déplacement ou de leur fuite. Aujourd'hui, je vis l'action humanitaire comme un réel engagement. En tant que médecin généraliste, l'essentiel de mon temps est consacré à ce que je fais pour Médecins Sans Frontières. Entre deux missions, j'effectue des remplacements en libéral.
» ENGAGEMENT ASSOCIATIF
J'ai fait des études de médecine parce que je souhaitais travailler dans l'action humanitaire. Et j'ai choisi de travailler pour MSF à cause de son cadre associatif indépendant, afin de pouvoir y effectuer une démarche "politique-apolitique", c'est-à-dire qui ne s'inscrit pas dans un cadre partisan. Dans les années 90, j'ai assisté à plusieurs réunion de l'Antenne MSF à Toulouse, où des volontaires de retour de mission racontaient leur travail sur le terrain. Puis, j'ai toujours suivi l'évolution de l'association, au travers de ses publications et surtout de ces rencontres avec les volontaires : car ce sont eux, les hommes et les femmes de terrain, qui font MSF.

Après ma thèse de médecine, j'ai également suivi un cursus universitaire (maîtrise de Sciences politiques et DEA d'anthropologie politique). Car l'action humanitaire médicale dépasse largement le strict cadre médical. Il est ainsi nécessaire d'être conscient que nous évoluons dans le champ du politique, des relations internationales. C'est pourquoi j'ai voulu suivre ce cursus complémentaire, afin de mieux comprendre et connaître notre environnement de travail. Enfin, avant de partir pour MSF, je me suis beaucoup investi dans le monde associatif. Au cours de ma troisième année de médecine, j'ai créé une association médicale et culturelle pour partir au Népal, puis j'ai travaillé dans une association pour promouvoir la culture en milieu hospitalier et à l'université. Je me suis également impliqué dans une association qui a créé un festival pluri-artistique en Bosnie. La médecine ou les arts sont, pour moi, des moyens qui permettent de toucher les autres. Avec une démarche d'ouverture, d'altérité.

A la fin de mes stages d'interne, j'ai voulu poursuivre mon engagement associatif dans le cadre d'une association quasi-professionnelle, en terme de moyens, d'influence et d'opérationnalité. Je me suis mis en disponibilité pour 3 mois. J'étais prêt à partir pour n'importe quel programme. On m'a proposé une mission en Erythrée, au moment de la guerre avec l'Ethiopie. Il s'agissait donc d'une mission d'urgence pour la prise en charge de déplacés érythréens suite au conflit. L'armée éthiopienne avait pénétré en Ethiopie et cela avait généré d'importants déplacements de populations, qui s'étaient réfugiées dans les montagnes. Je travaillais dans la ville d'Adi Khei, au pied des grands plateaux où MSF avait installé un camp pour accueillir ces déplacés. Mon activité consistait à superviser leur prise en charge dans le camp, avec deux infirmiers locaux. Des "cliniques mobiles" ont également été mises en place, ce qui nous permettait de réaliser des consultations à l'extérieur du camp. On se rendait auprès des populations isolées à dos de chameaux ou de mulets, les sacs remplis de médicaments.
» UNE AUTRE CONCEPTION DE LA MÉDECINE
Les besoins médicaux étaient importants : infections respiratoires aiguës, conjonctivites, beaucoup de diarrhées. Cette première expérience m'a appris beaucoup de chose pour ma pratique de médecin généraliste. Ne serait-ce que d'avoir eu à traiter des pathologies infectieuses que je n'avais jamais traitées en France, comme par exemple les diarrhées sanglantes. D'une manière plus générale, on apporte beaucoup aux personnes auprès desquelles on travaille, mais on reçoit aussi énormément. Et on apprend. Sur la conception de la vie et même de la médecine. Il est en effet important de comprendre que les personnes pour qui et avec lesquelles on travaille, ont une conception des choses très différentes de la nôtre, qu'il ne faut pas partir en gardant nos propres constructions mentales, mais plutôt considérer qu'ils obéissent à des logiques différentes des nôtres. Que ces logiques ne s'affrontent pas, mais que nos différences peuvent trouver un terrain d'entente. Il ne faut pas partir, non plus en croyant "sauver l'humanité", sentiment qui pourrait causer d'énormes dégâts sur le terrain, tant la réalité de notre action est très éloignée de cette vision de l'esprit.
» NOUVELLE EXPÉRIENCE AU LIBERIA
Après l'Erythrée, je suis parti au Libéria, au cours de l'été 2001. Toujours un contexte de guerre civile. Là encore, nous intervenons auprès de populations déplacées par le conflit, dans le sud Lofa. Le contexte peut sembler identique, mais tout était différent. La violence des combats était plus accrue et, de fait, les pathologies rencontrées étaient différentes : un nombre plus important de diarrhées sanglantes, beaucoup de cas de paludisme aussi. Je travaillais au sein de cliniques mobiles, ainsi que dans le Camp de déplacés de Cari, qui comptait près de 4000 personnes. Un autre camp a été construit à Belefane, lorsque la situation s'est un peu "stabilisée". Avec une équipe locale - deux infirmiers, un superviseur, un chargé de la pharmacie et bien sûr le chauffeur - la clinique mobile se rendait deux fois par semaine dans des camps plus ou moins constitués de déplacés. Le premier contact se faisait auprès du chef du village - il est important de respecter la hiérarchie... -, puis nous cherchions un lieu où effectuer les consultations, un lieu "en dur" si possible, ou bien nous installions une tente. Nous réalisions entre 100 et 120 consultations par jour. Pour les cas graves, les enfants déshydratés ou les cas de paludisme sévère, nous transportions les malades dans la voiture MSF vers la clinique que nous avions installée à Cari.
» NOUVELLE MISSIONS, NOUVEAUX CONTEXTES
Après le Libéria, le Niger, où MSF avait mis en place des programmes nutritionnels, après avoir soigné et vacciné des centaines de milliers de personnes de la rougeole et de la méningite. Les Centres Nutritionnels Thérapeutiques MSF étaient bondés d'enfants sévèrement malnutris, 300 à 400 par centre. La mortalité y était très importante. Cette expérience m'a cette fois permis d'apprendre beaucoup sur la nutrition. Les différents protocoles mis en place par MSF pour la prise en charge de la malnutrition sévère sont le fruit d'une longue expérience sur le terrain. Car il est impossible d'improviser dans ces situations pour obtenir une prise en charge de qualité. L'expérience acquise est, dans ce domaine, véritablement primordiale, tout comme il est nécessaire de tenter de comprendre les causes de la malnutrition des enfants, afin d'essayer d'adapter notre réponse aux besoins.

J'ai ensuite été en Afghanistan, en tant que Responsable Terrain sur le programme Tuberculose à Ghazni. Etre Responsable de Terrain consiste surtout à gérer les équipes et travailler avec les différentes autorités et partenaires locaux. Mais à cause des problèmes de sécurité dans la région de Ghazni, les expatriés MSF n'ont pu retourner sur ce programme qui continue toujours à fonctionner grâce à notre équipe afghane.
» UNE MÉDECINE DE QUALITÉ
D'une manière plus générale, un médecin MSF doit faire preuve d'une réelle capacité d'adaptation quel que soit le contexte dans lequel on travaille. Car MSF ne pratique pas de médecine au rabais. Nous sommes très bien équipés, nous disposons des médicaments dont nous avons besoin, ce qui nous permet de traiter de manière assez large un grand nombre de pathologies, des plus courantes (le paludisme) à celles qui le sont moins (la tuberculose). En revanche, nous ne disposons pas de moyens de diagnostic : pas de radios, ni de laboratoire, encore moins de scanners. Nous devons travailler avec des arguments cliniques, sans avoir peur de demander leur avis aux médecins locaux. Et même s'ils ne sont pas formés comme nous. Encore une fois, nous avons beaucoup à apprendre.

Aujourd'hui, Jean-François Corty est retourné en Iran, comme chef de mission.

PORTRAITS - TÉMOIGNAGES DE MÉDECINS
» Jean-François, 30 ans, médecin