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Catherine, infirmière et chef de mission

Du Sri Lanka au Kenya, du Caucase à l'Angola, Catherine Quillet, actuelle chef de mission au Cambodge, travaille depuis plus de 10 ans avec MSF.
» L'ENGAGEMENT COMME UNE ÉVIDENCE
Ne lui demandez pas quand le premier malade du Sida sera mis sous tri-thérapie... Chef de mission depuis 6 mois au Cambodge, un pays où MSF mène l'un des 6 programmes d'introduction des anti-rétroviraux (ARV), Catherine Quillet balaye la question d'un revers de main... Un peu agacée que l'unique préoccupation concernant le programme tourne autour de cette interrogation, signe d'une pression continue du mouvement MSF sur ce projet "phare". "Après 10 ans de missions pour MSF, je tiens pour acquise l'idée que les malades doivent bénéficier des traitements existants. Je ne le vis pas comme un enjeu. Pour beaucoup, les programmes ARV doivent non seulement servir à soigner des malades et améliorer leur qualité de vie, mais surtout "montrer que c'est possible". Pas pour moi. On sait que c'est possible. Il suffit de le faire."

Elle reconnaît pourtant que le "il suffit de" représente une gageure, un défi engagé de nombreux mois avant son arrivée afin d'organiser, avec les équipes cambodgiennes, la mise en place du programme. "Nos partenaires cambodgiens du service des maladies infectieuses de l'hôpital Sihanouk sont d'accord sur l'approche globale. Il nous reste à la mettre en pratique : où réaliser la consultation, par qui, comment ?"

"Il est nécessaire de mettre les protocoles par écrit, de finaliser un accord formel avec les autorités, maintenant que l'accord de principe est obtenu."

"Tout comme il est indispensable de réaliser un apprentissage à tous les niveaux : filière d'approvisionnement des médicaments, formation du personnel soignant, logistique à mettre en place...Le choix de réaliser ce programme dans une structure publique nous conduit à impliquer fortement les Cambodgiens, ce qui n'aurait pas été le cas si nous avions décidé de le lancer dans une structure gérée par MSF. Tout cela prend du temps.
" Alors oui, ce projet a pris quelques mois de retard.

Catherine ajoute que le service des maladies infectieuses de l'hôpital où MSF intervient compte 60 lits d'hospitalisation et effectue 1 500 consultations annuelles. Elle précise qu'aucune structure en France n'a une telle capacité d'accueil, signifiant ainsi que le projet auquel toute l'équipe s'attelle est tout à la fois simple et ambitieux. Cette apparente contradiction, c'est aussi son approche de son rôle de chef de mission. Ou de volontaire MSF, tout simplement. A la fois "dans le moule", "avec cette aptitude à intégrer la dimension de l'association et le sens que le mouvement souhaite donner à son action, précise-t-elle. Ou en ce qui concerne l'approche des gens sur le terrain : avec une forte capacité d'adaptation, à la fois suffisante et superficielle. (Ainsi, je n'ai jamais "flashé" sur un pays au point de vouloir y rester)". Mais aussi atypique, presque revendicatrice : "tout le monde dit qu'on a des obligations de moyens, mais pas de résultats. Pour moi, non. On a à la fois une obligation de moyens, mais aussi de résultats liés aux moyens dont on dispose." Une affirmation comme un point final à toute tergiversation, ou la simple marque d'un franc parler qui a fait sa réputation.

Catherine Quillet n'est pas une novice à MSF.
Son parcours a peu a peu forgé son envie de travailler avec MSF en lui offrant "cette liberté d'action qui pousse à continuer". Infirmière dans le service de réanimation du CHU de Bordeaux, elle participe à la création de l'antenne locale de l'association en 1989.

Avec le souhait de s'engager, sans savoir vraiment ce qu'elle y trouvera. Elle tâte un peu de tout, participe à l'organisation d'un charter pour la Roumanie, repeint la devanture de l'antenne de Bordeaux, fait le stage nutrition-vaccination et assiste, très impressionnée, à sa première AG en 1990. Un des films présenté cette année-là porte sur des enfants soldats au Mozambique : "J'ai ressenti une émotion violente, raconte-t-elle, un désir profond de m'engager, sans que ce soit totalement réfléchi".

Sa première mission l'a fait partir à l'est du Sri Lanka, en août 1990, pour travailler dans des cliniques mobiles. Passages de lignes de front, transports éreintants - parfois jusqu'à 8 heures par jour - consultations de masse et l'étonnement d'avoir tant de responsabilités. C'est là qu'elle découvre la difficulté de travailler avec le personnel local et ce fossé culturel qu'elle avoue avoir été parfois "incapable de maîtriser". Mais l'expérience est formatrice. "J'ai touché du doigt l'utilité de notre travail. J'ai aussi éprouvé une forme certaine d'excitation - je partais aussi pour ça - et un degré d'ouverture aux autres évident -ce que je n'imaginais pas forcément". Elle évoque également l'espace de parole pour tous les volontaires et ce sentiment "incroyable" d'être écoutée. Après cette expérience, elle ne sait pas si elle sera capable de s'adapter à un nouveau contexte. Mais on lui propose le Mozambique, un programme nutritionnel. Le souvenir du film de l'AG 1990 est encore vivace. Elle repart. "Le programme était passionnant, et j'ai beaucoup appris sur moi, sur les mécanismes de groupe et sur le fait que le travail ne justifie pas tous les comportements, avoue-t-elle. Cela a d'ailleurs failli être ma deuxième et dernière mission."

On lui propose toutefois de repartir. Précise et volubile, sincère, même dans ses manques, elle égrène la liste des missions qui se sont succédées, soulignant les enseignements contrastés de ses missions. Après le Mozambique, le Kenya, lors d'une urgence nutritionnelle dans 3 camps de réfugiés somaliens. Partie pour 3 semaines, elle y restera 9 mois. "Si j'en avais eu la responsabilité, j'aurais bien mis mon nez dans l'organisation des équipes", dit-elle, comme si la dimension d'organisatrice la démangeait déjà. Puis, c'est le sud du Soudan, une enquête nutritionnelle. Un choc. "J'ai eu le sentiment d'une profonde impuissance. Cette enquête devait nous permettre de faire du lobbying et de susciter des secours. Mais nous arrivions dans des villages sans nourriture. Les gens n'avaient rien à manger". Leur colère était visible. "On savait que beaucoup allaient mourir dans quelques jours. Là, ce sont les limites de notre action que j'ai touchées du doigt."

Une mission exploratoire au Zaïre lui procure la sensation contraire. "Celle de l'étonnante facilité de déclencher des secours. C'était un peu surréaliste de voir que deux avis seulement, le mien et celui du logisticien qui m'accompagnait, suffisaient à déclencher l'envoi d'un full charter". Puis l'Afrique encore, à Kibeho, au Rwanda. Un premier poste de responsable terrain dans ce contexte qui a marqué si fort l'histoire de MSF. Elle ne s'étend pas sur les massacres d'avril 1995. Ce silence contraste avec la volubilité qui accompagne chaque récit de ses autres expériences. Une remarque pourtant: "Je suis partie avec un a priori pro-tutsi très fort. Sur un camp de déplacés hutus, je les regardais comme des génocidaires potentiels. Il m'a fallu du temps pour admettre qu'il se passait des exactions. Et qu' eux aussi étaient des victimes".

La suite marque une rupture de quelques mois. Catherine quitte l'Afrique pour le Caucase. Pour la première fois, elle est chef de mission. En Tchétchénie, pendant l'été 1995, ces mois de paix où toutes les ONG débarquent à Grozny. "Je n'ai pas accroché. Je n'ai pas senti cette proximité avec les Tchétchènes dont on m'avait tant parlé à Paris avant mon départ. J'ai plutôt eu le sentiment de me trouver dans un théâtre de marionnettes." Et d'évoquer alors la difficulté de se faire entendre à Paris, une impression si différente de l'écoute qu'elle avait appréciée lors de sa première mission.

On ne se posait pas la question de savoir pourquoi on était là. C'était évident Retour en Afrique, en Angola, pour son deuxième poste de chef de mission. En 1996, c'est la grosse machine MSF qui est enclenchée dans ce pays éreinté par 20 ans de guerre.

Cinq missions, "des programmes médicaux passionnants", un budget de 25 millions de francs "et beaucoup de travail administratif, car à l'époque on était financé à 85% par des fonds institutionnels", 25 expats. "On ne se posait pas la question de savoir pourquoi on était là. C'était évident."

Elle fait un break de quelques années - et deux enfants - avant de repartir pour le Cambodge en janvier 2001. Sur le programme de lutte contre le Sida et les attentes du mouvement MSF, elle a déjà tout dit. Reste une question. Pour les patients atteints du Sida qui sont à un stade très avancé de la maladie, leur proposer une tri-thérapie représente un choix qu'ils disent n'être pas facile, celui d'opter pour la vie ou la mort. Le programme ne démarrera vraiment que quand les patients, eux aussi, seront prêts. "Qu'est-ce que cela veut dire vivre pour ces malades ?" Cette question-là est, pour elle, la seule qui mérite d'être posée.

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