Portraits - Témoignages d'administrateur(trice)s
Chantal Mir, 28 ans, administratrice. Pour sa première
mission, un coup de coeur : une plongée à Brazzaville,
au sein d'une mission au plus fort de l'urgence.
L'enthousiasme se lit sur son visage, ses grands yeux en
pétillent encore : sa première mission avec MSF a été, pour
Chantal, un véritable "coup de coeur". "Je me
suis sentie tout de suite bien dans le pays, dans l'équipe
et dans mon travail".
À 28 ans, jeune diplômée de HEC option contrôle de gestion, originaire du sud-ouest
de la France, Chantal Mir n'était pourtant pas une totale débutante: pendant
ses études, son école avait été appelée par un hôpital brésilien qui avait besoin
d'aide pour la réorganisation de ses finances et de sa gestion. Chantal, avec
d'autres étudiants, ont créé de toutes pièces une ONG, "Rio Vermelho", et Chantal
a passé six mois à travailler dans cette structure...
"C'est là que j'ai découvert mon intérêt pour les questions
de la santé dans le tiers monde et pour les aspects financiers
et organisationnels de la vie d'un hôpital. J'ai aussi passé quelques
mois dans un hôpital en Guinée, mais là, ça ne s'est pas
bien passé, les gens n'étaient pas motivés. Quand j'ai eu
mon diplôme, j'ai trouvé du travail dans une banque, où je
suis restée deux ans ; mais en fait je m'ennuyais, le travail était
monotone et sans intérêt, j'avais l'impression de ne rien
apprendre et de ne rien apporter."
Chantal décide alors d'écrire à plusieurs ONG, dans l'espoir
de trouver un poste dans un siège parisien : "Je ne me
sentais pas capable de partir sur le terrain, d'assumer toutes
les responsabilités d'un poste d'administrateur dans une
mission ; j'estimais n'avoir aucune expérience, notamment
dans la gestion des ressources humaines. Et puis tout est
allé très vite, je n'ai pas eu le temps de me poser des questions,
en une semaine je me suis retrouvée à Brazzaville, dans une
grosse mission d'urgence de MSF."
Brazzaville, août 1999.
Chaque jour, des Congolais sortent de la forêt où ils ont
passé plusieurs mois en fuyant les combats et les exactions
des diverses milices qui s'entre-déchirent depuis décembre
98. Ils sont dans un état catastrophique, affamés, malades,
terrorisés. MSF déploie de gros moyens pour leur venir en
aide : ouverture de quatre centres nutritionnels, appui à l'hôpital
Makélékélé, organisation de l'accueil d'urgence des "returnees" (personnes
déplacées ou réfugiées qui reviennent vers leurs lieux d'habitation)
dans le Centre sportif de Brazzaville...
Un "admin" à MSF est chargé des finances de la mission et
de la gestion du personnel recruté sur place : "Je m'occupais
de la comptabilité, des prévisions de trésorerie, des réalisations
de budget, des rapports financiers... bref, de tout ce qui
concerne l'argent, avec un budget de 18 millions de francs à gérer...
mais je n'étais pas chargée des commandes de médicaments,
ni de la gestion des stocks logistiques."
"L'autre gros volet de mon travail, c'était les "Ressources
Humaines" : j'ai eu jusqu'à 470 personnes recrutées dans
les différents programmes, du personnel médical, des assistants,
des gardiens, cuisiniers, femmes de ménage... et même des
fonctionnaires de l'hôpital, à qui MSF versait des "primes
de nuit", aux urgences et dans le service de pédiatrie."
"Là, j'ai tout appris : recrutement, licenciements,
salaires, gestion des problèmes au quotidien, étude du cadre
juridique et légal du pays... Comme les ONG sont "hors loi" au
Congo, avec un conseiller juridique congolais j'ai même rédigé une
convention collective spéciale MSF !"
Chantal insiste : "je n'ai pas cessé d'apprendre. J'étais
tout à fait autonome, j'avais beaucoup de responsabilités
et mon"chef"avait autre chose à faire qu'à être derrière
moi. Mes activités étaient variées, c'était super enrichissant
; j'allais très souvent dans nos centres nutritionnels, à l'hôpital
et au Centre sportif, pour voir travailler et connaître notre
staff, et savoir ce qu'on faisait, concrètement. Les premières
fois, ça fait peur, ça fait mal... Après, j'avais parfois
l'impression d'être inutile, en n'étant pas médecin. Quand
tu craques, tu parles avec les autres, tu te vides et tu
repars."
Repartir ? Chantal est prête, elle sera en Ethiopie à la fin du mois de juin.




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