La prise en charge de la douleur dans nos programmes
Aujourd'hui, en France, la lutte contre la douleur est devenue une évidence pour tout le monde ou presque. MSF a fait le choix de lutter contre la douleur dans ses programmes à travers le monde. Pourquoi, comment et quelles difficultés rencontre-t-on ? Réponses de Xavier Lassalle, infirmier anesthésiste et consultant chez MSF.
» DEPUIS QUAND MSF S'EST INTERESSE A LA PRISE EN CHARGE DE LA DOULEUR DANS SES PROGRAMMES DE CHIRURGIE ? ET POURQUOI ?
C'est quelque chose qui est arrivé parallèlement aux changements d'attitude en France. Je crois que les anesthésistes, de par leur fonction, ont été un élément moteur dans la prise en compte de la douleur des patients, aussi bien dans les pays développés qu'au sein d'organisations médicales comme Médecins Sans Frontières. Dans notre association, après cette prise de conscience, l'ébauche d'une prise en charge a pu se mettre en place, progressivement, grâce au travail communs de différents secteurs d'activités : le département logistique a travaillé à rendre disponibles les morphiniques, très difficiles à approvisionner dans certains pays ; le département médical a réalisé des protocoles adaptés ; le département des opérations, directement en lien avec le terrain, a permis de démarrer ce type de programme spécifique sur le terrain lorsque cela était nécessaire. Tout cela a pris du temps et nous avons réellement débuté ce genre de mission qu'en l'an 2000.
» AVEC QUEL TYPE DE PROGRAMME MEDECINS SANS FRONTIERES A COMMENCE ?
Le premier programme douleur a été lancé en Sierra Leone. A l'époque, Philippe L., un médecin anesthésiste, spécialiste de la douleur, était parti en mission en tant qu'anesthésiste à l'hôpital Connaught à Freetown. MSF travaillait également dans un camp qui regroupait beaucoup de personnes amputées lors de la guerre qui venait juste de se terminer. Dans ce conflit, particulièrement atroce, les amputations à la machette avaient été pratiquées à grande échelle. Philippe L. a fait une étude auprès des patients de ce camp et a évalué leur douleur. Puis, il a rapporté avec lui à Paris les résultats, qui montraient que la majorité d'entre eux souffraient de douleurs neuropathiques. 100% souffraient de leur moignon et 30% avaient des douleurs " fantômes " (il s'agit d'une douleur ressentie au niveau du membre perdu). Nous avons débuté un programme un peu pilote puisque nous n'en avions jamais conduit dans de tels contextes. Ce fut une réussite puisque ce traitement a permis une réduction des douleurs chez la majorité de nos patients.
» QUELLES DIFFICULTES RENCONTRE-T-ON A LA MISE EN PLACE DE CE TYPE DE PROGRAMME DANS DES CONTEXTES DIFFERENTS DE CELUI DE LA FRANCE ?
En plus des problèmes habituels rencontrés en France dans la prise en charge de la douleur, auxquels nous sommes confrontés chez nous, comme l'absence d'évaluation.
"S'il n'y a pas d'évaluation, il n'y a pas de douleur donc pas de problème". Nous devons faire face à des problèmes de contexte : les interventions d'urgence font bien souvent passer la prise en charge de la douleur au second plan ; le décalage culturel qui, on le sait bien maintenant, se traduit toujours par une sous-estimation de la douleur ; l'absence de tradition de prise en charge de la douleur ; les habitudes de prescription nationales ; les difficultés d'approvisionnement...
"S'il n'y a pas d'évaluation, il n'y a pas de douleur donc pas de problème". Nous devons faire face à des problèmes de contexte : les interventions d'urgence font bien souvent passer la prise en charge de la douleur au second plan ; le décalage culturel qui, on le sait bien maintenant, se traduit toujours par une sous-estimation de la douleur ; l'absence de tradition de prise en charge de la douleur ; les habitudes de prescription nationales ; les difficultés d'approvisionnement...
» QUELLES SONT LES LIMITES D'INTERVENTION DE MSF DANS CE DOMAINE ?
Ces dernières années, de gros progrès ont été réalisés. Et désormais, nous avons les moyens de prendre en charge la douleur dans nos missions chirurgicales. Pratiquement toutes nos missions peuvent bénéficier, aujourd'hui, d'analgésiques puissants et notamment de morphiniques dont la consommation a considérablement augmenté ces dernières années. Les protocoles qui existent sont simples et les outils d'évaluation ont également été adaptés. Cependant, si tous ces moyens sont nécessaires, ils ne sont pas suffisants et ne garantissent pas une bonne prise en charge. La volonté des soignants que ce soit notre personnel national ou les expatriés, reste déterminante.




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