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Anesthésiste

Anesthésites - témoignage

DEPASSER SES LIMITES

Marielle Boyer Besseyre, interne en anesthésie, revient sur sa mission – la première, et peut-être pas la denière ! – à l’hôpital de Macenta, en Guinée forestière, où MSF a pratiqué, de mai 2003 à mai 2005, plus de 1000 interventions.

Quel est ton parcours avant de devenir volontaire à MSF ?
Je suis interne en anesthésie. J'ai fait des études de médecine « standard » , à Lyon, et je suis en cours de spécialisation en anesthésie. J'ai décidé d'interrompre mon internat pendant 6 mois, maintenant que j'ai ma licence de remplacement, afin de travailler avec Médecins sans frontières. Je reprendrai ma formation en novembre.

Qu’est-ce qui a motivé ton engagement ?
Partir en mission MSF est en projet très ancien. J'ai toujours eu le sentiment, je dirais presque d'un devoir, en tout cas d'une nécessité de faire profiter des populations en difficulté de ma formation, de la chance que j'ai eu de pouvoir y accéder.

Quelle était ta mission ?
Je travaillais au bloc opératoire de l’hôpital de Macenta, en Guinée forestière, à la frontière avec le Liberia. Je m’occupais de la gestion des patients programmés et des patients reçus en urgence, et des soins pré et post opératoires. C’était une mission particulière, puisqu’elle devait aussi préparer le départ de MSF de l’hôpital, donc la transition avec l'équipe locale.
illustration
L'équipe chirurgicale, en Guinée forestière.

Comment se rythmait ton quotidien ?
La journée commençait par la visite dans le service avec les infirmiers, afin de faire le point sur ce qui s'était passé la nuit, de mettre à jour les prescriptions, et d’assurer les transmissions. Le reste de la journée s’organisait selon les urgences (beaucoup de césariennes), en plus du programme d’opérations programmées.
Une fois le programme terminé, nous rentrions déjeuner à la base, souvent en réalité vers 15 h, pour revenir à l’hôpital à 17 h. Les conditions de vie étaient plutôt confortables: chambre individuelle, salle de bain commune, cuisinier super, électricité plusieurs heures par jour, télévision satellite sur énergie solaire.

Est-ce que ta mission s’est révélée très différente de ton travail en France ? Techniquement, et humainement ?
Oui, tout était différent.
La culture tout d'abord, le regard sur la maladie, sur la vie, sur la mort, le poids de la religion et de la fatalité. Il a fallu s'adapter très vite à un mode de pensée très différent, très loin des préoccupations occidentales.
Sur le plan technique, il est évident que les conditions de travail ne sont pas les mêmes que celles que l'on a en France. Mais MSF se donne les moyens de ses actions, et on se rend rapidement compte que l'on peut faire du très bon travail avec peu de matériel.
Le point essentiel reste la notion de travail d'équipe. C'est vraiment dans ces situations que l'on a besoin de l'expérience et de la motivation de chacun. Quelle satisfaction quand on y arrive !

Quels ont été les aspects les plus valorisants de ton travail ?
Croiser un patient dans le rue qui est guéri. Chaque patient, en particulier chaque patient qui arrive en urgence et qui sort de l'hôpital est une victoire, une réussite !

Et les plus grandes difficultés ?
La gestion du stress… Arriver à prendre en charge des patients parfois très graves, avec peu de moyens en gardant son sang froid et son calme. Etre disponible 24 h /24...ça aussi, c'est épuisant, même si on n'est pas dérangé toutes les nuits, savoir que l'on peut l'être, c'est très fatigant.
Plus concrètement, le plus gros problème dans la prise en charge des urgences, c'était la prise en charge des chocs hémorragiques – le cas le plus fréquent concernant des jeunes femmes présentant des ruptures utérines. Devoir trouver des donneurs de sang rapidement dans la famille du malade, qui soient comptatibles et avec des sérologies VIH et hépatite négatives, c'est très difficile, ou en tout cas, ça demande du temps, souvent beaucoup trop de temps.

Qu’est- ce que tu as appris en mission ?
Beaucoup de choses...
Sur le plan technique bien sûr, à travailler avec du matériel dont on ne se sert plus en France depuis longtemps. C’est assez déroutant de faire de l'anesthésie sans respirateur...Ventiler à la main pendant des heures, le problème, c'est que ça monopolise des mains ! Les médicaments disponibles sont aussi assez différents de ce que nous utilisons en France : beaucoup d'anesthésie se font en ventilation spontanée , sous Ketamine, par exemple. On a également de quoi réaliser des rachi anesthésies.

Sur le plan humain, à prendre en charge des souffrances qui s'expriment différemment, à réfléchir d'une autre façon sur la vie, la mort, à sortir complètement de son cadre de pensée habituel, "standard".
Sur le plan relationnel, à travailler en équipe avec des gens qui viennent d'horizons très différents, avec la même motivation. Enfin, sur le plan personnel, à dépasser ses limites.

Qu’est-ce que tu conseillerais à d’autres anesthésistes, qui souhaiteraient partir avec MSF ?
De partir, sans hésiter !
Sur un plan plus matériel, de se renseigner avant sur les produits disponibles (dont on n'a pas forcément l'habitude), histoire de savoir les manipuler l'esprit tranquille.