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MSF expulsé d'Éthiopie

1985 - "Il faut savoir qu'aujourd'hui la première cause de mortalité en Éthiopie, ce sont les déplacements de population. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont mortes cette année, au cours de ces transports de population, qui rappellent plus "Nuit et brouillard" qu'une opération de sauvetage.

Le gouvernement éthiopien explique que les terres du Nord sont épuisées et ne peuvent plus produire suffisamment pour nourrir leur population, alors qu'il existe de vastes étendues fertiles dans le Sud et à l'Ouest, qui ne demandent qu'à être mises en valeur.

Le gouvernement explique par ailleurs que cette réinstallation permettra de construire l'Éthiopie de demain, en intégrant la population entière à ce grand projet. Ce n'est pas à Médecins Sans Frontières de juger de ces choix. Nous ne critiquons que la façon dont est mené ce déplacement, et rien d'autre. Les conditions de transport effroyables, l'impréparation des sites de réinstallation ont provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes. Le vrai choix était : ou bien nous taire, accepter cette situation et laisser croire que tout allait aussi bien que possible. Ou bien recourir à l'opinion publique, à ceux qui ont rendu possible cette gigantesque opération de secours, et expliquer que notre action était réduite à un simulacre, qu'on nous interdisait de soigner.

Après des mois de vaines tentatives pour arranger les choses, nous avons choisi de ne plus cacher ce qui se passait. D'autant que la situation se dégradait simultanément dans d'autres centres de secours, en raison de la reprise à grande échelle, après les pluies de cet été, des opérations de déplacement de population.(...) La presse internationale a relevé que nous ne faisons que dire tout haut ce que beaucoup racontent en privé. Mais il est vrai que les organisations humanitaires se trouvent prises en otage, craignant de se faire expulser si elles parlent."


Dr. Rony Brauman