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L'hôpital de Vukovar assiégé

1991 - "Il faut faire vite. En une heure et demie, l'équipe de Médecins Sans Frontières installe 109 blessés, dont 75 sont dans un état grave, dans 3 ambulances et 7 camions. Une centaine d'autres blessés doivent être évacués lors d'un prochain convoi, prévu plus tard dans la journée.

A la sortie de la ville, le convoi, encore sous escorte croate, se retrouve face à une dizaine de chars de l'armée fédérale. Suivent 20 minutes de tension extrême : dans des champs de maïs hauts de trois mètres, les militaires fédéraux ne voient pas plus loin que le bout de la tourelle de leur char. Selon eux, le convoi humanitaire de Médecins Sans Frontières cache à coup sûr une horde de Croates. Les drapeaux blancs s'agitent, la tension baisse d'un cran. Le convoi repart en plein no man's land, à quelques centaines de mètres des lignes fédérales, une formidable déflagration retentit : le sixième véhicule du convoi, un camion, a sauté sur une mine antichar.

Deux infirmières de Médecins Sans Frontières, la suissesse Ghislaine Jacquier et la belge Fabienne Schmidt, sont sérieusement blessées. L'armée fédérale, qui a entendu la déflagration, les évacue vers un hôpital de Belgrade.

A une heure du matin, les blessés de Vukovar sont enfin hospitalisés dans les villages croates de Djakovo et Novi Kikanovci, où du personnel médical croate prend la relève de l'équipe de Médecins Sans Frontières épuisée. La mission est accomplie, mais l'amertume le dispute au soulagement : une centaine d'autres blessés graves restent à Vukovar. Il y a de la défaite dans notre victoire."