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ActualitéAfghanistan

 


Premiers pas dans l'hiver afghan

Mis en ligne le 18 octobre 2004
"C'est avec des difficultés inouïes que nous avons pu mettre cette mission sur pied et je ne vois que peu d'occasions [...] qui nous aient fait rencontrer autant d'obstacles. Tous ont accepté de prendre le risque de la clandestinité, celui de l'isolement à l'intérieur du pays, le danger d'être surpris dans un combat, emprisonnés, blessés ou pire encore."
Claude Malhuret, président de Médecins Sans Frontières, 1980
» La clandestinitÉ
Fin décembre 1979, avec l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan, le nombre de réfugiés au Pakistan ne cesse de s'accroître. Ils seront bientôt 700.000. Médecins Sans Frontières envoie une mission exploratoire dans les camps pakistanais afin d'évaluer les besoins de ces populations vivant dans des conditions extrêmement précaires, au coeur d'un hiver glacial. Alors qu'une équipe de seize personnes s'apprête à partir, le gouverneur pakistanais interdit toute présence étrangère dans les camps. MSF entreprend alors de partir à l'intérieur même du territoire afghan afin d'apporter directement une aide médicale là où les besoins sont les plus urgents.
 
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Afghanistan, 1981
 
Si apporter une aide aux exilés au Pakistan reste impossible, "au moins une consolation nous reste-t-elle, mais elle est de taille", écrit Claude Malhuret cette année-là. "C'est la satisfaction de pouvoir apporter concrètement notre soutien à l'intérieur du pays, dans les zones libérées. Tous [les volontaires] ont accepté de prendre le risque de la clandestinité, celui de l'isolement à l'intérieur du pays, le danger d'être surpris dans un combat, emprisonnés, blessés ou pire encore. Ce risque ils le connaissaient en partant, ils savaient que leur formation universitaire ne les avait pas préparés à ce genre un peu spécial d'exercice de la médecine."
» Juliette, ou Jemilla
Juliette Fournot, son diplôme de chirurgie-dentaire en poche, fait partie de cette équipe pionnière de Médecins Sans Frontières en Afghanistan. C'est la seule femme du groupe. Pour y avoir passé sept ans de son adolescence, elle connaît bien l'Afghanistan. Sa maîtrise du persan facilitera l'intégration de l'équipe au sein des réseaux de résistance. Ceux-ci aidèrent Médecins Sans Frontières à mener à bien ses opérations clandestines de secours à travers le pays. Les Afghans l'appellent Jemilla..
 
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Juliette, ou Jemilla
 
Sept ans plus tard, Juliette est toujours en Afghanistan, désormais en tant que coordinatrice de mission. Consciente de vivre à travers son travail une expérience unique, la liant davantage de jour en jour au peuple afghan et surtout aux femmes, Juliette sait qu'en Afghanistan il n'y a pas de temps pour les états d'âme. Même si la peur et l'angoisse peuvent surgir à tout instant. En 1986, alors qu'elle sillonne le territoire afghan pour ravitailler les hôpitaux en médicaments, elle écrit: "Alors que nous sommes tassés dans un abri minuscule, nous parvient le fracas assourdissant des roquettes sur la plaine où nous nous engagerons dès la tombée de la nuit. Le silence revenu, nous sortions soulagés et découvrions l'objectif de ce bombardement violent : une colonne de réfugiés venus du Nord, survivants d'un massacre et fuyant vers le Pakistan où 4 millions de réfugiés afghans sont entassés dans des camps..."
» 24 ans de prÉsence
L'histoire de MSF en Afghanistan se prolonge. Après le retrait des troupes soviétiques en 1989, des équipes continuent de se relayer pour apporter des soins aux populations affectées par les guerres inter-afghanes, puis par la férule du régime taliban. Après l'intervention de la coalition internationale qui chasse les Taliban du pouvoir, MSF est toujours présente, mais subit les conséquences de la confusion croissante entre forces armées et acteurs humanitaires.

A la fin du mois de juillet 2004, et après 24 ans de présence, Médecins Sans Frontières a dû annoncer la fermeture de tous ses programmes en Afghanistan. Cette décision fait suite à l'assassinat de cinq de nos volontaires au cours d'une attaque le 2 juin dernier, alors qu'ils circulaient au nord-ouest de l'Afghanistan, dans la province de Badghis, à bord d'une voiture clairement identifiée MSF.
 
A lire
Fin juillet 1986. Didier Lefevre quitte Paris pour sa première grande mission photographique, il accompagne une équipe de MSF en Afghanistan, en pleine guerre entre Soviétiques et Moudjahidin. Il a compilé ses photographies et anectdotes dans une Bande-Dessinée (Tome 1 - Tome 2).