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Beyrouth, l'apprentissage
de la guerre

Mis en ligne le 18 octobre 2004
"Notre véhicule ne portait aucune marque distinctive : utile chez les uns, elle nous aurait fait courir de grands risques chez les autres. Musulmans et chrétiens se sont succédés sur le siège du chauffeur pour nous permettre de traverser les différentes zones de Beyrouth et parvenir à notre hôpital ouvert dans la zone de combats."
Une infirmière de Médecins Sans Frontières dans Beyrouth en flammes.
» Janvier 1976 - Liban
Depuis plusieurs mois, l'un des quartiers de Beyrouth, comptant plus de 150.000 personnes dont une majorité de Palestiniens, est encerclé par les phalangistes chrétiens qui bombardent les habitations à coups de roquettes et d'obus de mortier et attaquent les civils à la mitrailleuse lourde. Bilan : des centaines de blessés et une population abandonnée à son sort. Un imam, particulièrement ému par la mort d'une fillette des suites d'une simple blessure à la main, sollicite Médecins Sans Frontières.
 
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Beyrouth
Des centaines de blessés et une population abandonnée à son sort
 
» Avec les moyens du bord
Chaque jour amène son contingent de blessés par éclats d'obus ou par balle. Fractures des membres, brûlures, atteintes viscérales ou maxillo-faciales... Les équipes médicales prennent en charge plus de 5.000 blessés, souvent graves, avec des moyens très précaires. Il n'y a ni radio, ni examens possibles, ni bistouri électrique, ni respirateur. L'anesthésie se fait sans oxygène, sans protoxyde d'azote, les transfusions de sang sont très limitées. C'est, pour Médecins Sans Frontières, l'apprentissage d'une médecine de guerre mais également celui de la peur, dans des quartiers bombardés, isolés, sans contacts extérieurs, où tous les déplacements sont dangereux, où l'hôpital n'est pas à l'abri des bombes. Dans cette atmosphère d'insécurité permanente, les équipes apprendront l'importance de la neutralité.

Cette première mission marque le début d'une histoire longue de 9 ans entre le Liban et MSF.
 
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Chirurgie
Durant 7 mois, 56 médecins et infirmiers se relaient dans un hôpital de Beyrouth pour soigner les civils chiites sous le feu des combattants chrétiens.
 
» Soigner toutes les victimes
Médecins Sans Frontières restera dans le quartier de Nabora jusqu'à la fin des combats, en 1976. Deux ans plus tard, en 1978, ce sont cette fois-ci les chrétiens qu'il faut secourir dans Beyrouth assiégé. Puis, en 1981, une nouvelle équipe intervient dans la ville chrétienne de Zahlé, à l'est du pays, envahie par les Syriens. En 1982, Israël attaque les villes du sud Liban et encercle Beyrouth Ouest et les camps palestiniens de la banlieue sud. L'année suivante, les équipes se retrouvent auprès des chrétiens de Deir El Kamar, ville assiégée. Neutralité toujours, Médecins Sans Frontières est également présent dans un quartier prosyrien de Tripoli et auprès des Palestiniens attaqués par les Syriens dans la ville.

En 1984, Médecins Sans Frontières doit quitter le Liban. Alors que les accords de réconciliation à Lausanne échouent et que les troupes françaises se retirent du pays, la sécurité minimale des équipes qui travaillaient en zone chrétienne et chiite de Beyrouth n'est plus assurée. Après 9 ans de chirurgie de guerre auprès des victimes de tous bords, il faut partir...


>> la chirurgie aujourd'hui à MSF
 
Photos : MSF