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“35 000 personnes déplacées n’avaient pas reçu d’aide médicale depuis des mois”.

Mis en ligne le 26 octobre 2007
L'année dernière au Darfour, MSF a eu beaucoup de mal pour atteindre les populations les plus isolées qui, du fait de l'insécurité croissante, n'avaient pas accès à des soins médicaux. En août, un nouveau projet a démarré à Tawila, une ville située dans le Nord Darfour qui est l'enjeu d'un conflit entre divers groupes armés et où vivent 35 000 personnes déplacées. Acculées du fait de l'insécurité, les populations de Tawila n'avaient pas reçu d'aide médicale depuis des mois. C'est dans cet environnement extrêmement instable que MSF a commencé des cliniques mobiles dans les camps.
Xisco Villalonga, coordinateur médical à Tawila fait le point de la situation au Nord Darfour.
» - Quelle situation avez-vous trouvé en arrivant à Tawila?
Tawila est une ville fantôme depuis longtemps. Les personnes qui le pouvaient sont allées à El Facher, la capitale du Nord Darfour. Les autres se sont installées dans les environs dans les camps de Dali, Argo et Rwanda, autour de la base de l'Union africaine où elles se sentaient un peu plus en sécurité. A Tawila même, il n'y a plus personne, excepté un poste d'anciens rebelles de la SLA (Sudan Liberation Army), appartenant à la faction Mini Minawi maintenant ralliée au gouvernement soudanais et un autre poste de l'armée, à la périphérie. Rwanda est le plus grand camp, avec 20 000 personnes déplacées. Il s'est formé fin 2005, suite à plusieurs attaques lancées par des milices arabes sur Tawila, puis de nouvelles personnes déplacées sont venues d'autres régions du Darfour. Dali est le plus ancien camp, il date de 2003. Près de 10 000 personnes vivent dans ce camp et un grand nombre d'entre elles viennent des environs de Tawila, ce qui signifie qu'elles peuvent retourner chez elles, de temps à autre. Il y a enfin le camp d'Argo avec environ 3 000 personnes déplacées. Tous ces camps sont faits pour durer : les abris ne sont pas précaires comme dans les sites plus temporaires. A notre arrivée, l'un des plus gros problèmes était l'eau et les installations sanitaires car il y avait très peu de points d'eau et de latrines. Mais ce qui nous a véritablement incités à intervenir était le fait que ces 35 000 personnes n'avaient pas reçu d'aide médicale depuis des mois car toutes les agences humanitaires étaient parties à cause de l'insécurité, la dernière étant partie en avril.
» Quelle était la situation sanitaire dans ces camps où aucune aide n’était parvenue pendant des mois ?
Depuis que nous avons démarré ce projet il y a un mois et demi, nous avons vu beaucoup de cas de malnutrition. Mais il est encore trop tôt pour dire si c'est simplement la conséquence du déplacement d'un grand nombre de personnes ou s'il s'agit d'un problème plus grave. La santé reproductive – la prise en charge des femmes enceintes, des accouchements et des soins post-natals – est aussi une question importante. Avant notre arrivée, en cas de complications lors d'un accouchement, la seule solution pour les femmes de Tawila était d'aller à El Facher. Or il est difficile de trouver un moyen de transport, et s'il y en a un, les gens n'ont pas les moyens de l'utiliser. Jusqu'à notre arrivée donc, la population de Tawila avait peu ou pas accès aux services de santé. MSF peut par conséquent jouer un rôle significatif en cas d'urgences médicales.

Autre question importante, la sécurité. La plupart des personnes déplacées ne peuvent pas rentrer chez elles car il y a toujours des combats dans la région. Nous voyons encore arriver des personnes déplacées. Du fait de l'insécurité, les personnes ne peuvent pas aller sur leurs terres et dépendent complètement de l'aide extérieure. Même aller à Tawila pour chercher du bois ou de l'eau est dangereux, il y a eu de nombreux incidents.
» Comment MSF est intervenue ? Avez-vous été confrontés à des difficultés?
Notre premier objectif était d'offrir les services de santé de base aux populations déplacées. Nous avons commencé avec des équipes mobiles dans les trois camps et avons rapidement identifié plusieurs problèmes, ce qui nous a amenés à étendre notre action. D'abord, en raison du nombre élevé de cas de malnutrition, nous avons commencé par un programme nutritionnel. Ensuite, nous nous sommes occupés de référer les cas graves. Au départ, nous les envoyions à El Facher, puis au bout de deux à trois semaines, nous avons décidé de mettre en place une petite unité d'hospitalisation à Tawila pour les cas les plus graves. Maintenant nous prévoyons d'étendre notre programme aux soins pour les mères et les enfants en bas âge
et à la vaccination, et nous allons essayer d'atteindre les communautés arabes nomades, qui actuellement ne viennent pas à la clinique de Tawila, en envoyant des cliniques mobiles dans la région. La sécurité et l'analyse de la situation ont été nos plus grosses difficultés quand nous avons démarré le projet. Toutes les ONG qui travaillaient là étaient parties à cause de l'insécurité, la dernière en avril, et avaient laissé la population sans assistance. Nous ne pouvions intervenir sans comprendre ce qui se passait dans la région, les relations entre les différents groupes armés et la dynamique sociale à l'intérieur des camps. Nous avons fait un gros travail en contactant toutes les parties au conflit, mais c'est un défi permanent. En un mois et demi d'activité, nous avons déjà eu plusieurs incidents et notre équipe a été évacuée. Elle reviendra dès que les conditions de sécurité le permettront, bientôt j'espère. Mais cela montre la complexité de la situation à Tawila. Nous avons
déployé de gros efforts pour faire comprendre à tous nos principes de neutralité et d'impartialité, mais nous voyons qu'il est très difficile de garder un espace humanitaire où l'on puisse continuer à travailler à apporter une aide médicale à la population.
» La situation à Tawila est-elle analogue à celle prévalant dans le reste du Darfour?
Tawila est un cas extrême, mais il est lié à ce qui se passe dans le reste du Darfour. Au cours des dix-huit derniers mois, la situation s'est dégradée, les groupes armés se sont scindés en une multitude de factions qui combattent avec des objectifs différents, certaines visant des intérêts très particuliers. Le conflit devient de plus en plus complexe et il semble plus compliqué de trouver une solution. Cela a de graves conséquences pour la population civile : il y a encore des déplacements de populations et les ONG doivent travailler dans des conditions qui se détériorent de jour en jour, ce qui a naturellement des répercussions sur notre capacité à porter secours à la population. Il y a plusieurs régions du Darfour où nous pouvions aller dans le passé et où nous ne pouvons plus nous rendre aujourd'hui. C'était le cas de Tawila : auparavant plusieurs organisations travaillaient là-bas, mais l'une après l'autre, elles ont dû partir à cause de l'insécurité et la population n'avait reçu aucune aide, depuis avril. Maintenant nous essayons de redémarrer le projet et cela n'est pas facile. On peut retrouver la même situation dans plusieurs endroits au Darfour.

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